Les délégués du personnel de Chococam ont adressé aux dirigeants locaux, aux actionnaires sud-africains et aux autorités camerounaises une demande de garanties écrites sur le maintien des emplois et des droits sociaux avant la clôture de la vente de l’entreprise. La requête intervient alors que Tiger Brands s’apprête à céder 74,69 % du capital de la Chocolaterie Confiserie Camerounaise au fonds Minkama Capital, adossé au groupe bancaire BGFIBank. L’opération, financée par une dette d’acquisition structurée de plusieurs dizaines de milliards de FCFA, doit se concrétiser progressivement au cours de l’exercice 2026.
Le groupe sud-africain a engagé depuis plusieurs mois un plan de rationalisation de son portefeuille à l’échelle mondiale, avec un recentrage sur ses marchés principaux. C’est dans ce cadre que le désengagement du site de Douala-Bassa a été amorcé. Depuis les premiers signaux de ce retrait, la direction générale locale n’a organisé aucune réunion d’information sur l’organigramme futur de l’entreprise, la stratégie industrielle du repreneur ou le sort des conditions de travail.
Les représentants du personnel dénoncent en parallèle un mode de gestion des avantages sociaux qu’ils jugent contraire aux usages en vigueur dans l’entreprise. La mutuelle du personnel tire une partie de ses ressources de la valorisation des déchets de l’usine. Ces recettes sont désormais gérées par la direction générale, qui décide seule de l’octroi des prêts ordinaires hérités de la période antérieure à Chococam, tout en conservant les fonds de la mutuelle dans le même compte que ceux de l’entreprise.
Les indemnités de solidarité prévues en cas de départ font également l’objet d’un refus ou d’une restriction systématiques de la part de la direction générale, qui ne tient plus compte des critères d’ancienneté pourtant fixés par les textes internes. La contestation porte enfin sur les parts A et B, qui constituent le régime de retraite complémentaire des salariés. La part A correspond à la contribution de l’employeur, la part B à celle du salarié. Les accords en vigueur prévoient leur versement conjoint aux démissionnaires ayant plus de trois ans d’ancienneté, sauf faute lourde. Un employé résume la situation en ces termes.
« Lorsqu’on parle des parts A et B, il s’agit de la retraite complémentaire. Les parts A et B s’expliquent ainsi qu’il suit, part A la part employeur et part B la part employé. À partir de trois ans, en cas de départ, sauf faute lourde, on paie les parts A et B. Mais chez nous, le DG a décidé de ne plus donner la part de l’employeur au mépris du contrat, parce qu’il est fâché de ce que les gens démissionnent », explique-t-on.
Pour faire valoir ces revendications, les délégués du personnel ont rédigé un projet de protocole d’accord portant sur la préservation des droits acquis, l’encadrement du passif social et la garantie des régimes de prévoyance. Ce document a été remis aux dirigeants locaux et aux propriétaires sud-africains lors de leur passage au Cameroun en avril. Il est resté sans suite.
La saisine de l’Inspection du travail de Douala n’a pas abouti. Au ministère de tutelle, une réception a bien eu lieu, mais l’examen paritaire du protocole, transmis depuis le mois de mai, n’a donné lieu à aucune session de travail programmée.
Les représentants des salariés portent désormais le dossier au-delà de la direction locale, jusqu’aux instances sud-africaines et aux administrations de Yaoundé. Ils rappellent que la valeur des actifs cédés repose sur le travail des équipes de Douala-Bassa et réclament, avant la signature définitive de la transaction, des garanties écrites, formelles, vérifiables et irrévocables sur le maintien des emplois, le paiement intégral des parts A et B aux démissionnaires, le respect des critères d’ancienneté pour les indemnités de solidarité et la gestion séparée des fonds de la mutuelle. À défaut d’une reprise du dialogue avec la direction générale, une paralysie de l’usine n’est pas exclue.
