Six mois. C’est le délai fixé par le Premier ministre Joseph Dion Ngute au comité stratégique chargé d’encadrer la cession des 88,36 % que détient Somdia dans le capital de la Sosucam. Un calendrier déjà jugé court par des voix autorisées du domaine, qui trouvent qu’un actif industriel de cette ampleur, neuf mille emplois directs et saisonniers, un rôle central dans l’approvisionnement national en sucre, mérite plus de temps. Mais depuis fin juin, ce calendrier s’est encore compliqué. La cession, décidée par la direction du groupe Castel, s’est retrouvée prise dans un conflit de gouvernance qui dépasse largement les frontières camerounaises.
Le 22 juin, Romy Castel, fille unique du fondateur Pierre Castel, a publié un communiqué dénonçant un projet découvert selon elle « par voie de presse ». Elle accuse Gregory Clerc, directeur général du groupe depuis octobre 2023, de vouloir brader un actif stratégique plutôt que de le redresser. DF Holding, la structure luxembourgeoise qui contrôle Castel, réplique que les décisions ont été prises après une analyse approfondie des enjeux industriels et financiers, et que Romy Castel a été convoquée à cinq conseils d’administration sur ce dossier entre novembre 2025 et juin 2026. Quatre jours après sa sortie publique, elle a été révoquée, avec le neveu du patriarche Alain Castel, de ses fonctions d’administratrice de Castel Vins.
Ce bras de fer, qui se joue aussi devant la justice à Singapour où Romy Castel réclame la révocation de Gregory Clerc, ralentit mécaniquement le processus camerounais, de l’avis de nos sources. Chaque échange public entre les deux camps retarde la clarification des intentions de vente et complique la lecture du dossier pour les autorités comme pour les candidats à la reprise.
Deux prétendants sont aujourd’hui cités par plusieurs sources concordantes. William Nkontchou, homme d’affaires camerounais, fondateur du fonds d’investissement Africinvest et administrateur de plusieurs groupes panafricains, ferait partie des intéressés. Aliko Dangote, milliardaire nigérian déjà présent dans le ciment et les hydrocarbures au Cameroun via Dangote Cement, circule également parmi les prétendants potentiels, sans qu’aucune offre n’ait à ce jour été officiellement confirmée.
À ces deux noms s’ajoute une option interne au groupe Castel lui-même. Romy Castel a promis de présenter aux autorités camerounaises un plan d’investissement, d’expansion et de maintien de l’emploi pour la Sosucam, en s’appuyant sur la solidité financière de Boissons du Cameroun, filiale historique du groupe dans la bière et les boissons gazeuses, détenue à 75 % par BGI Castel. Une proposition conditionnée à sa propre reprise en main de la gouvernance du groupe, et donc suspendue à l’issue de la procédure judiciaire singapourienne.
« Aucun de ces trois dossiers n’a, à ce stade, débouché sur une offre financière chiffrée », rassure une source proche de ce dossier. Le ministre du Commerce Luc Magloire Mbarga Atangana a lui-même reconnu ne pas savoir combien de candidats sont réellement en lice, insistant sur la nécessité de consulter l’ensemble des actionnaires, l’État via la CNPS et la SNI, les banques commerciales et les partenaires privés, avant toute finalisation. Le gouvernement a par ailleurs obtenu que Somdia conduise la campagne sucrière 2026/2027, de novembre à mai, avant toute cession effective. Une garantie de continuité qui laisse un peu de temps aux autorités pour arbitrer entre repreneurs, mais qui expose aussi le dossier à s’enliser tant que la crise familiale des Castel ne sera pas tranchée.
