Le chiffre donne la mesure du problème. Sur les quelque 293 000 agents que compte la fonction publique camerounaise, près de 29 300, soit moins de 10 %, sont impliqués dans des irrégularités liées à la perception d’allocations familiales, selon les premières conclusions d’un audit conduit par le ministère des Finances. C’est le ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative, Joseph Lé [photo], qui le révèle.
Les pratiques documentées par les enquêteurs recouvrent plusieurs formes de fraude. Des agents publics ont enregistré comme enfants à charge des neveux, nièces, petits-enfants ou enfants d’autres membres de la famille, sans que ces personnes remplissent les conditions légales. D’autres ont continué à percevoir des prestations bien après la limite d’âge fixée à 21 ans par la réglementation. Des actes de naissance, des actes de mariage et des jugements supplétifs ont servi de supports à ces déclarations.
Ces pratiques ont prospéré pendant plusieurs années à la faveur d’un contrôle insuffisant des pièces administratives. Résultat, dans certains cas, le nombre de bénéficiaires a doublé en moins de cinq ans. Ce gonflement artificiel du fichier solde pèse directement sur la masse salariale de l’État, dont les allocations familiales constituent une composante structurelle. Le préjudice exact subi par le Trésor public sera connu à l’issue des conclusions définitives de l’audit.
Pour assainir le système et récupérer les sommes versées à tort, le gouvernement actionne plusieurs leviers. Le progiciel AIGLES assure désormais une interconnexion en temps réel entre le ministère des Finances et celui de la Fonction publique, ce qui facilite les recoupements d’informations et réduit les marges de manœuvre des fraudeurs. Le déploiement de la biométrie dans les administrations publiques est également en cours, avec pour objectif de fiabiliser durablement le fichier solde.
Les agents reconnus coupables s’exposent à des sanctions qui vont de l’avertissement à la révocation pour les fonctionnaires, et au licenciement pour les contractuels. Les sommes perçues indûment font l’objet d’un remboursement obligatoire. Dans les cas les plus graves, des poursuites pénales peuvent être engagées. Chaque franc récupéré sur ces trop-perçus représente une économie directe sur la masse salariale, et donc une ressource disponible pour d’autres postes de dépenses publiques.
Joseph Lé souligne que la grande majorité des 293 000 agents de la fonction publique respecte leurs obligations. L’opération en cours cible une minorité, mais dont le comportement a eu des effets durables sur l’équilibre des finances publiques.



