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Syndustricam à Promote 2026 : l’heure n’est plus aux ambitions, elle est aux résultats, le puissant discours de Samuel Kondo aux politiques du Cameroun

Le président du Syndicat des Industriels du Cameroun a pris la parole à l'ouverture de la 10ᵉ édition du Salon PROMOTE, ce 15 juin 2026 à Yaoundé. Son discours ne ressemble pas à ceux qu'on prononce pour occuper un protocole. Il ressemble à ceux qu'on prononce quand on a des entreprises à défendre et qu'on n'a plus beaucoup de patience.

by Aloys Onana
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Samuel Kondo Ngande n’a pas attendu longtemps avant d’entrer dans le vif. Le Cameroun ne manque pas de visions, de stratégies, ni de plans de développement, dit-il. Mais ce manque-là n’est pas le problème. Le problème, c’est «notre aptitude collective à traduire ces ambitions en performances économiques tangibles, perceptibles à la fois par les entreprises et par les populations». Formulé ainsi, devant un parterre de ministres et de chefs d’entreprise réunis autour d’un thème sur les repères économiques en temps de crise, le message est difficile à ignorer.

Le président du SYNDUSTRICAM parle depuis un endroit précis. Il représente des industriels qui planifient des lignes de production, qui négocient des emprunts bancaires à des taux qui leur pèsent, qui commandent des matières premières dont les prix dépendent de marchés qu’ils ne contrôlent pas, et qui ouvrent chaque matin leurs usines dans un pays où l’électricité reste une variable instable. C’est depuis cet endroit-là qu’il regarde les chiffres de croissance affichés par l’économie nationale : 3,5% en 2025, proche de 4% attendu pour 2026, et qu’il se permet de poser la question qui adressées à ceux là-même, assis en face de lui, qui tiennent les manettes administratives du Cameroun : cette croissance est-elle à la hauteur des ambitions de la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 ?

Sa réponse est prudente, mais lisible. Non. Ou du moins, pas encore. Parce que rapportée à une démographie qui progresse à près de 3% par an, la hausse de richesse par habitant reste «particulièrement modeste». Les entreprises le sentent. Les ménages aussi. La croissance existe, mais ses effets restent diffus, insuffisamment perceptibles pour ceux qui attendent qu’elle se matérialise dans leur quotidien économique.

Quand l’électricité coupe et que l’industrie trinque

Ce que Kondo Ngande pointe ensuite, c’est un problème structurel que les industriels connaissent très bien. La désynchronisation des politiques publiques. Des orientations légitimes dans leurs objectifs produisent parfois des effets contradictoires parce qu’elles ne se parlent pas entre elles. Et là, il donne un exemple concret, récent, qui a laissé des traces dans les ateliers du Littoral et de l’Ouest.

Une procédure engagée pour sécuriser les recettes publiques a conduit au retrait de capacités de production électrique. Résultat : jusqu’à 40% des usagers de ces deux régions en ont subi les conséquences. Le patron du SYNDUSTRICAM ne cherche pas à montrer du doigt une administration plutôt qu’une autre. Il soulève quelque chose de plus profond. Mobilisation des recettes, sécurité énergétique et ambition industrielle ne doivent pas s’opposer. Ils devraient se renforcer mutuellement. Quand ils s’opposent, c’est l’industrie qui absorbe le choc et elle l’absorbe seule.

L’énergie, justement, traverse tout son discours comme une ligne rouge. Sur ce point, le propos du président du SYNDUSTRICAM n’est pas nouveau. Les industriels camerounais portent cette bataille depuis des années, mais il reste d’une actualité criante. Trois critères, dit-il, sont déterminants pour l’entreprise industrielle : la disponibilité, la fiabilité et la compétitivité du coût de l’énergie. Une industrie ne peut pas planifier sereinement ses investissements quand l’approvisionnement énergétique demeure incertain. Et une économie qui veut accélérer son industrialisation ne peut pas le faire sans une énergie «abondante, stable et compétitive». «L’énergie n’est pas un secteur parmi d’autres», tranche-t-il. «Elle constitue le socle sur lequel repose l’ensemble de la transformation économique.»

Le cacao comme miroir des contradictions industrielles

Sur la transformation locale, Kondo Ngande se saisit de la filière cacao pour illustrer à la fois ce qui marche et ce qui menace de gripper. Des investissements ont été réalisés, les capacités industrielles progressent, et cette dynamique mérite selon lui d’être saluée. Mais derrière la façade, il identifie quatre défis qui, s’ils ne sont pas pris en charge, peuvent faire dérailler toute la mécanique.

Le premier, c’est la disponibilité de la matière première. Les capacités industrielles montent plus vite que la production agricole ne progresse. Ce déséquilibre-là est une bombe à retardement pour des unités de transformation qui ont besoin d’un approvisionnement régulier pour être rentables. Le second défi porte sur les marchés. Transformer localement n’a de sens que si les produits transformés trouvent durablement leurs débouchés à l’international. Le troisième concerne la montée en gamme, passer de la première transformation, qui reste peu rémunératrice, vers la deuxième et la troisième transformation, où la valeur ajoutée est réelle. Et le quatrième, qui boucle tout, est celui d’une relance agricole vigoureuse. «Sans augmentation substantielle de l’offre, nous risquons de construire des capacités industrielles plus rapidement que notre capacité à les alimenter.» Le diagnostic est chirurgical.

La pression fiscale, l’équation sans solution simple

Kondo Ngande termine sur un registre qui touche à ce que les chefs d’entreprise disent entre eux, dans les couloirs, mais qu’on dit rarement aussi clairement en public. Les entreprises évoluent dans un contexte de forte tension sur les coûts. Le financement reste cher. La logistique pèse. L’énergie est contrainte. Les marchés extérieurs sont incertains. Et pendant ce temps, le pouvoir d’achat des ménages progresse lentement, ce qui réduit les marges de manœuvre pour répercuter quoi que ce soit sur les prix.

Dans ce contexte, l’éventualité d’un renforcement de la pression fiscale suscite chez les industriels une interrogation simple et directe : qui va absorber ça ? Les marges des entreprises se réduisent déjà. Les ménages portent leurs propres contraintes. L’État fait face à des besoins croissants. «Cette équation ne pourra être résolue durablement que par la création de davantage de richesse», dit-il. Ce n’est pas un slogan. C’est un constat arithmétique : on ne peut pas redistribuer ce qu’on n’a pas produit.

Sur la décentralisation, sa position est celle d’un partenaire qui attend des résultats concrets. Les budgets transférés aux collectivités territoriales approchent les 12 % du budget national. Bien. Mais pour les entreprises, la vraie mesure de la décentralisation, c’est l’état des routes communales, la gestion du foncier économique, la rapidité des procédures administratives locales, la qualité des infrastructures sur lesquelles reposent leurs chaînes logistiques. «La compétitivité nationale commence souvent par l’efficacité locale», dit-il. Et il va plus loin. Les entreprises et leurs organisations professionnelles sont prêtes à mettre leur expertise au service des collectivités pour les aider à monter en compétences. Ce n’est pas de la philanthropie. C’est un calcul d’intérêt bien compris, elles ont besoin que les territoires où elles opèrent fonctionnent mieux.

Ce discours n’est pas pessimiste. Kondo Ngande le dit lui-même, la confiance dans les capacités du Cameroun reste entière. Une population jeune, des ressources disponibles, un tissu entrepreneurial réel, un potentiel industriel encore largement sous-exploité. Mais la confiance, ici, est exigeante. Elle ne s’accommode plus de l’écart entre ce qui est annoncé et ce qui est livré. Et cette impatience-là, portée depuis la tribune d’ouverture d’un salon économique en plein de Yaoundé, siège des institutions politiques, est peut-être le signal le plus important que les industriels camerounais envoient aujourd’hui à la puissance publique.

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