Il est encore tôt ce lundi matin lorsque les premières délégations arrivent au Palais de la Culture Sawa. Chefs d’entreprise, banquiers, assureurs, représentants de la diaspora. La salle se remplit progressivement, à l’image de l’ambition affichée pour cette rencontre. Sur les écrans, un mot d’ordre s’impose : « Douala terre d’entrepreneuriat ».
Le maire Roger Victor Mbassa Ndine ouvre les travaux. D’emblée, il fixe le cap. Il veut « bâtir un écosystème performant, connecté et durable, capable de faire de Douala le hub entrepreneurial de référence en Afrique centrale ». La salle écoute. Douala, dit-il, est une ville d’énergie et de créativité, mais elle reste freinée par des défis bien connus : mobilité difficile, gestion des déchets perfectible, énergie électrique insuffisante, infrastructures de communication à mettre à niveau. Les porteurs de projets qui travaillent déjà sur ces questions se heurtent, selon lui, à des obstacles persistants tels l’accès au financement limité, l’accompagnement structuré insuffisant, les réseaux d’opportunités trop faibles.
Le maire détaille alors l’architecture du dispositif qu’il vient annoncer. Trois piliers se dessinent. Un Guide de l’Entrepreneur Urbain, d’abord, pour orienter et informer. Un dispositif d’incubation et d’accélération, ensuite, pour accompagner les projets innovants. Un réseau de Business Angels, enfin, qui mobilise investisseurs locaux et diaspora. L’objectif, assure-t-il, est mesurable : former des milliers d’entrepreneurs, créer des emplois durables, mobiliser des financements significatifs. Une manière, ajoute-t-il, de répondre à l’appel du Chef de l’État Paul Biya pour une insertion plus marquée des femmes et des jeunes dans les circuits économiques.
Vient ensuite le tour de la présidente du Cercle des Jeunes Dirigeants. Elle pose un diagnostic sans virage. Douala ne manque ni de ressources, ni de talent, ni d’ambition chez ses entrepreneurs. Ce qui manque, insiste-t-elle, c’est la lisibilité. Elle explique comment son organisation s’inscrit dans les trois piliers présentés par le maire. Le Guide de l’Entrepreneur, publié chaque année sous formats physique et digital, doit permettre à tout porteur de projet, quel que soit son stade de maturité, de savoir vers qui se tourner. L’Incubateur Urbain, qu’elle décrit comme une véritable « maison de l’entrepreneur », accueillera les jeunes talents pour les orienter, les former et les financer. Sur ce dernier point, elle tient à clarifier un malentendu possible. Le financement ne vient pas de la mairie, mais du réseau de Business Angels, ces chefs d’entreprise doualais expérimentés capables d’accompagner les jeunes entrepreneurs sur les plans stratégique et financier.
Dans la salle, l’adhésion semble déjà acquise au-delà des frontières. Une forte mobilisation de la diaspora camerounaise- installée en Allemagne, en France, aux États-Unis, au Royaume-Uni- s’engage à accompagner la démarche de la Communauté Urbaine. Du côté bancaire, des établissements comme BGFI, Afriland First Bank et AGF font savoir leur disponibilité à soutenir l’initiative. Tous semblent miser sur la même perspective, faire de Douala une ville où il fait bon vivre, portée par ses investisseurs.
Les travaux touchent à leur fin. Sollicité pour une réaction à chaud, le maire Mbassa Ndine se montre prudent. Il est difficile, dit-il, d’en tirer une conclusion définitive. Mais une dynamique commune se dégage, observe-t-il, autour de termes qui reviennent sans cesse dans les échanges : Afrique terre d’opportunités, terre d’innovation et de digitalisation, ville de culture, ville industrielle. Il insiste sur l’urgence de combler le gap de formation et d’informer davantage les Doualais sur les opportunités qui existent, parfois tout près d’eux, sans qu’ils le sachent. Sa conviction reste intacte. Douala doit se positionner comme une ville industrielle, une ville de transformation, créatrice de valeur, d’emplois et d’opportunités.
Sur l’énergie, qu’il qualifie de question primordiale, le ton se fait plus pressant. Il ne faut pas tout attendre de l’État, prévient-il, car celui-ci ne peut répondre à toutes les sollicitations à la fois. Aux acteurs économiques, dès lors, de proposer eux-mêmes des solutions. « Il nous appartient d’apporter des solutions sur la table », martèle-t-il, avant d’appeler à mettre en place toutes les dynamiques favorisant l’entrepreneuriat, dans tous les domaines, sans exception.



