Le 18 juin 2026, dans le cadre du FOREP 26, le Dr Thierry Nyamen est intervenu sur le thème de la transformation structurelle de l’économie camerounaise. Titulaire d’un doctorat en mécanisation agricole et promoteur des produits TANTY DG NTfoods, l’exposant a construit son intervention autour d’un constat : le Cameroun dispose de terres, de producteurs et de matières premières, mais continue d’importer l’essentiel de son alimentation transformée.
L’agriculture camerounaise emploie des millions de personnes, mais reste, selon l’exposant, dépendante des exportations brutes et des importations transformées. Cette configuration produit quatre effets qu’il détaille. Une faible création de valeur locale, un déficit commercial important, un chômage élevé chez les jeunes et une dépendance alimentaire croissante. Pour le DG de TANTY, cette situation tient à un mécanisme précis qu’il résume ainsi. « Un pays qui consomme ce qu’il ne produit pas et importe ce qu’il peut fabriquer finance les emplois des autres pays. »
Le paradoxe qu’il décrit oppose deux colonnes de produits. D’un côté, les produits locaux : manioc, maïs, soja, banane plantain, cacao, café, tomate, fruits tropicaux. De l’autre, les produits importés : farine de blé, lait en poudre, concentré de tomate, biscuits, jus de fruits, céréales transformées, huiles alimentaires. Le Cameroun exporte ainsi des matières premières à faible valeur ajoutée et réimporte des produits finis à forte valeur ajoutée, un mécanisme qu’il qualifie de perte sèche pour le pays. « Chaque tonne de matière première exportée sans transformation est une opportunité d’emploi perdue. »
Pour étayer son propos sur les conséquences sociales de cette dépendance, cet industriel cite des données précises sur la malnutrition infantile et avance que 29 % des enfants de moins de cinq ans souffrent de retard de croissance au Cameroun. Il établit un lien direct entre ce chiffre et l’absence de transformation locale des produits agricoles, estimant que chaque unité de transformation industrielle créée génère des emplois directs et indirects, tandis que les importations alimentaires font sortir chaque année des milliards de FCFA pour des produits que le pays pourrait fabriquer sur son sol.
Le Dr Nyamen détaille les bénéfices en chaîne d’une politique de transformation agricole. Il identifie trois leviers. Le développement des territoires, via les PME, les transporteurs, les fournisseurs d’emballages et les distributeurs ; la création d’emplois aux niveaux agricole, industriel, logistique et commercial ; et l’augmentation des revenus paysans, obtenue grâce à l’achat local de soja, de manioc, de maïs et de fruits. Il illustre cette dynamique par l’exemple de NTfoods, son entreprise, où la transformation du soja génère simultanément des revenus agricoles, des emplois industriels et des produits nutritionnels accessibles à la population.
Mais l’industrialisation agricole, pour ce patron, ne peut réussir sans protection du marché intérieur. Il avance qu’une industrie ne peut se développer si elle est exposée immédiatement à une concurrence internationale massive, citant l’exemple du Nigeria, où la limitation des importations de riz et l’encouragement de la production locale ont entraîné une hausse de la production, des emplois et des investissements. Sur cette base, il formule plusieurs recommandations pour le Cameroun : protéger les filières stratégiques que sont la tomate, le riz, le maïs, le soja et le manioc, faciliter l’accès des producteurs locaux aux grandes surfaces, favoriser les achats publics locaux, développer les marchés au sein de la zone CEMAC et soutenir l’exportation régionale. Il résume cette approche par une formule : « Produire sans vendre ne crée pas de richesse. L’accès au marché est aussi important que la production elle-même. »
Ce créateur de valeur ajoutée relie enfin sa démonstration aux grands défis nationaux. Face à la malnutrition, au chômage et à la facture des importations alimentaires, il soutient que la transformation agricole répond simultanément à la sécurité alimentaire, à l’emploi et à la souveraineté économique. Dr Thierry Nyamen appelle à accélérer quatre chantiers : la transformation, l’innovation, le financement industriel, et l’articulation entre protection intelligente et accès aux marchés, avec pour ambition de faire du Cameroun une référence de la transformation agricole en Afrique centrale. « Tant que nous exporterons nos matières premières et importerons notre alimentation, nous resterons consommateurs de richesses créées ailleurs. » Et d’ajouter, en guise de synthèse. « La transformation agricole est la passerelle entre le potentiel du Cameroun et sa prospérité. »



