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Décryptage : le Cameroun blanchit-il de l’argent ? Ce que révèle vraiment son classement par le GAFI

Depuis juin 2023, le Cameroun figure sur la liste grise du Groupe d'action financière. Beaucoup y voient la preuve d'une pratique massive de blanchiment d'argent dans le pays. La réalité est différente.

by Aloys Onana
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Le blanchiment d’argent consiste à faire passer pour licite de l’argent obtenu par des moyens illégaux, corruption, trafic, fraude ou détournement de fonds publics. L’argent sale transite par des circuits en apparence légaux, achats immobiliers, création de sociétés, comptes bancaires ou opérations commerciales, jusqu’à ce que son origine devienne impossible à retracer. Le financement du terrorisme suit une logique proche, sauf que l’argent, qu’il soit d’origine licite ou non, sert à alimenter des réseaux violents.

Le Groupe d’action financière, organisme intergouvernemental basé à Paris, ne cherche pas à mesurer le volume d’argent blanchi dans un pays. Sa mission consiste à évaluer la solidité des dispositifs nationaux censés prévenir et réprimer ces pratiques. C’est ce travail d’évaluation qui a conduit à l’inscription du Cameroun sur la liste grise, celle des juridictions sous surveillance renforcée.

Lors de son examen de 2023, le GAFI a jugé le Cameroun conforme à seulement 5 de ses 40 recommandations. Le pays a reçu 13 notations partiellement conformes en matière de blanchiment d’argent et 8 notations non conformes concernant le financement du terrorisme, selon l’ancien secrétaire permanent du Gabac, Désiré Geoffroy Mbock. Le communiqué du GAFI évoquait des « déficiences stratégiques » dans le régime camerounais de lutte contre le blanchiment des capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération d’armes de destruction massive.

Concrètement, ces déficiences recouvrent plusieurs manques. L’Agence nationale d’investigation financière, chargée de recevoir et d’analyser les déclarations de soupçon, dispose de moyens et d’une coordination jugés insuffisants. La supervision des secteurs exposés, organisations à but non lucratif, notaires, agents immobiliers ou marchands de biens de valeur, reste limitée. Le régime de gel des avoirs liés au terrorisme n’est pas pleinement opérationnel. Les poursuites judiciaires et les sanctions financières demeurent rares au regard du nombre de signalements enregistrés par l’ANIF, qui a reçu 965 déclarations de soupçon pour des flux évalués à 1665,4 milliards de francs CFA selon le rapport 2023 sur la corruption au Cameroun.

Le classement du GAFI ne constitue donc pas un verdict de culpabilité collective. Il ne dit pas que l’État camerounais organise ou tolère le blanchiment d’argent. Il indique que les mécanismes de prévention, de détection et de sanction présentent des failles qui laissent une porte ouverte à des abus, sans nécessairement que ces abus se produisent à grande échelle. La nuance compte, un pays classé peut avoir une criminalité financière limitée mais des institutions de contrôle fragiles, tandis qu’un pays non classé peut connaître des flux illicites importants sans que son dispositif de surveillance en pâtisse aux yeux du GAFI.

Cette distinction n’empêche pas des conséquences bien réelles pour l’économie camerounaise. Les banques et les investisseurs étrangers appliquent souvent des contrôles renforcés aux opérations liées à un pays classé, ce qui peut ralentir les transactions, renchérir le coût du crédit et peser sur l’attractivité du territoire auprès des bailleurs internationaux. C’est cette pression économique qui pousse Yaoundé à accélérer la mise en œuvre de son plan d’action, avec l’objectif affiché de sortir de la liste grise avant la fin de l’année 2026.

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