La cession de la plantation d’Eséka par la Société Camerounaise de Palmeraies (SOCAPALM) à la société OPALM, officialisée en février 2026, n’est pas un simple transfert d’actifs. C’est l’acte fondateur d’une recomposition stratégique de la filière huile de palme au Cameroun, où chaque protagoniste, l’État, les employés, les producteurs locaux, les communautés riveraines se voit attribuer un rôle précis dans un schéma de souveraineté agro-industrielle.
D’un côté, SOCAPALM cède en transmettant ses hommes, ses méthodes, sa légitimité. De l’autre, OPALM reçoit en s’engageant à tripler les capacités de production, à résorber un déficit national évalué à 300 000 tonnes par an, et à générer jusqu’à 100 milliards FCFA d’économies sur les importations. Une transition qui se veut responsable, inclusive, et au service d’une ambition nationale.
De sources officielles aux deux entreprises, la cession d’Eseka s’articule autour de cinq parties prenantes : l’État du Cameroun, les employés, les PPE & PV (petits planteurs et paysans villageois), les communautés riveraines, et les producteurs locaux. Pour les deux sociétés, cette opération constitue une opportunité de développement partagé, fondée sur la confiance, la stabilité sociale, et l’ambition commune de contribuer à une filière palmier à huile plus structurée et créatrice de valeurs pour le Cameroun.
SOCAPALM : le rôle du garant
Dans ce dispositif, SOCAPALM n’abandonne pas. Elle organise. Filiale du groupe luxembourgeois Socfin, elle conserve cinq autres plantations au Cameroun tout en orchestrant une transition opérationnelle irréprochable sur le site d’Eséka. L’accord prévoit le transfert intégral du personnel vers OPALM, avec maintien des droits acquis, de l’ancienneté et des avantages sociaux, pour garantir une continuité sociale et opérationnelle. Une prime de transition sera versée aux employés, et la première rencontre entre le personnel du site et les dirigeants d’OPALM a eu lieu dès le 18 février 2026.
SOCAPALM endosse ainsi le rôle de tuteur industriel. Pour une meilleure prise en main et une transition progressive, SOCAPALM s’emploie à un accompagnement technique au profit d’OPALM, avec pour objectif d’assurer la continuité des activités et d’éviter toute perturbation dans l’organisation du travail. En résumé, SOCAPALM cède un site, mais fournit le savoir-faire nécessaire à sa pérennité.
OPALM : le rôle de l’ambitieux
OPALM, société de droit camerounais spécialisée dans la transformation de l’huile de palme, porte l’ambition offensive de cette opération. Après la signature, le 22 décembre 2025 à Yaoundé, de conventions d’investissement avec l’État camerounais, cette entreprise engage concrètement la mise en œuvre de son programme industriel, adossé à un investissement global de 45 milliards de FCFA pour la construction de cinq unités de transformation.
Sur le site d’Eséka, l’objectif est radical. L’investissement d’OPALM consistera à moderniser l’outil existant et à tripler ses capacités de production actuelles. À terme, en injectant près de 108 000 tonnes supplémentaires sur le marché national, le programme d’OPALM entend réduire significativement le gap structurel et renforcer la souveraineté agro-industrielle du pays.
L’enjeu macroéconomique est également central. Le Cameroun importe chaque année entre 200 000 et 300 000 tonnes d’oléines d’huile de palme pour compléter ses besoins nationaux, un manque qui pèse directement sur la balance commerciale, les importations étant officiellement estimées à environ 100 milliards FCFA par an.
L’État, architecte de la souveraineté sectorielle
Dans ce dossier, l’État camerounais a vite compris l’urgence et l’importance de la filière huile de palme et donc, il y est non comme un spectateur passif, mais comme un architecte. C’est l’Etat central le véritable architecte de cette cession. Il est à la fois propriétaire des terres concédées sous bail emphytéotique, régulateur de la filière, et actionnaire indirect via SOCAPALM. L’État camerounais reste propriétaire exclusif du foncier, concédé à OPALM sous bail emphytéotique, et la décision relève d’une gestion d’entreprise stratégique encadrée juridiquement.
La transition d’Eséka dessine ainsi un modèle inédit pour la filière camerounaise : une entreprise historique à capitaux étrangers qui passe le relais à un opérateur national, sous la supervision de l’État, avec un cahier des charges social strict. La réussite de ce modèle dépendra moins des intentions affichées que de leur traduction sur le terrain- en emplois, en volumes produits, et en revenus pour les 5 120 hectares de planteurs partenaires qui font vivre le bassin d’Eséka. La sérénité est au rendez-vous, à en juger par la saine coopération entre toutes les parties prenantes.



