La mise au point était attendue. Depuis la publication, le 11 juin dernier, d’un article [voir ici] intitulé « Litige foncier Apouh-Socapalm : l’affaire renvoyée au 2 juillet, les riverains réclament la rétrocession de près de 200 ha », le dossier circule sur les médias en ligne avec une présentation que la Socapalm juge inexacte. La société a choisi de prendre la parole pour corriger la trajectoire du débat public.
Le point de clarification central du communiqué est d’ordre juridique et institutionnel. La Socapalm l’énonce sans maquillages. « Le dossier concerné ne constitue pas un différend entre la communauté Apouh et la Socapalm, mais relève d’une procédure opposant la communauté Apouh à l’État du Cameroun, dans le cadre de la gestion et de la clarification du domaine foncier national. »
Cette distinction est déterminante. Elle replace le contentieux dans son cadre réel, celui de la gestion publique du patrimoine foncier et dégage la responsabilité directe de l’opérateur agro-industriel dans les revendications portées par les riverains.
Pour comprendre la complexité de ces emprises, la Socapalm remonte à la genèse de ses concessions. Les titres fonciers querellés « s’inscrivent dans l’héritage des anciennes plantations issues de la SPROA et de la Société des Palmeraies de la Ferme Suisse », deux entités intégrées à la Socapalm lors de la fusion-absorption intervenue en 2010. Certains de ces titres remontent aux années 1960 et « font l’objet d’un processus continu de sécurisation juridique et de mise à jour foncière. »
Ce rappel historique est fondamental dans la lecture agroforestière du dossier. Les périmètres en cause sont des héritages de plantations industrielles de palmiers à huile établies sous régime colonial, dont les limites cadastrales n’ont jamais été entièrement redéfinies selon les normes contemporaines de gestion des emprises.
Loin de se présenter comme un acteur passif, la Socapalm détaille un programme actif. Depuis 2017, la société conduit, « en collaboration avec l’État du Cameroun à travers le MINDCAF, une démarche structurée de clarification foncière visant la redéfinition et la densification des limites de concessions sur l’ensemble de ses sites de production. »
Cette démarche s’appuie sur les travaux techniques de la mission MINDCAF-Socapalm de septembre 2022, conduite « en concertation avec l’ensemble des parties prenantes : administration, communautés riveraines et experts techniques. »
Des restitutions massives
Les résultats concrets de ce processus de régularisation foncière sont présentés site par site, et les chiffres sont saisissants. À Eséka, les travaux cadastraux validés ont conduit à « la proposition de restitution de 8 834,08 hectares non exploités à l’État du Cameroun, sur une superficie initiale de 13 954 hectares. » Cette restitution intervient avant la cession du site à un autre opérateur dans le cadre du développement de la filière huile de palme au Cameroun, une opération déjà couverte par Économie du Cameroun [voir ici] dans le cadre du transfert de la plantation d’Eséka vers de nouveaux acteurs du secteur. À Dibombari, les opérations de délimitation ont abouti à « la proposition de restitution de 2 566,93 hectares à l’État du Cameroun, conformément aux conclusions des travaux cadastraux validés par les autorités compétentes. » Au total, ce sont plus de 11 400 hectares qui font l’objet de propositions de restitution au domaine national sur ces deux seuls sites.
La dynamique ne s’arrête pas aux deux sites déjà documentés. La Socapalm souligne que le programme de sécurisation des emprises se poursuit « dans les autres plantations, notamment Mbongo, Mbambou et Kienké. » Ces trois sites agroforestiers constituent des pôles de production d’huile de palme brute dont la situation cadastrale fait désormais partie du chantier de régularisation global.
Sur le site d’Édéa, où les titres contestés sont au cœur du contentieux médiatisé, la Socapalm annonce une accélération. Les travaux de reconstitution des limites « se poursuivent dans un cadre strictement contradictoire, en étroite concertation avec les autorités administratives, les experts techniques et les communautés riveraines. » Une descente conjointe de terrain a été effectuée récemment avec l’ensemble des parties. La Socapalm précise que « la phase opérationnelle des travaux de terrain débute ce 16 juin 2026, conformément au calendrier arrêté. »
La Socapalm interpelle directement les médias et l’opinion publique, les appelant « à la prudence dans la diffusion d’informations relatives à ce dossier sensible, et à privilégier les communications officielles et vérifiées des autorités compétentes. »



