Home » Restructuration financière : Sonara, le coup d’accordéon de juin 2026 hisse les fonds propres à 108 milliards et le capital social à 184 milliards de FCFA

Restructuration financière : Sonara, le coup d’accordéon de juin 2026 hisse les fonds propres à 108 milliards et le capital social à 184 milliards de FCFA

[Décryptage) Après des années de fragilité financière et un risque de continuité d'exploitation formellement attesté depuis 2021, la Société Nationale de Raffinage sort d'une zone de turbulences réglementaires. Une opération de reconstitution des fonds propres réalisée en juin 2026 envoie aux marchés un signal que ses dirigeants qualifient eux-mêmes de décisif.

by Aloys Onana
0 comment

Ce que la Société nationale de raffinage (SONARA) n’avait pas réussi à accomplir en cinq ans de gestion post-sinistre, elle l’a fait en quelques semaines. L’opération dite « coup d’accordéon », bouclée en juin 2026, a consisté en une augmentation du capital immédiatement suivie d’une absorption automatique des pertes cumulées. Au sortir de ce mécanisme, la société affiche un capital social de 184 milliards de FCFA et des fonds propres de 108 milliards de FCFA. Ces deux chiffres traduisent une transformation du bilan de l’entreprise que les commissaires aux comptes n’avaient jusqu’alors pas eu l’occasion de valider positivement depuis l’exercice 2021.

Car c’est bien en 2021 que la situation avait atteint son point le plus critique. Les commissaires aux comptes de la SONARA avaient alors déclenché une procédure d’alerte formelle, constatant que les capitaux propres de la société étaient devenus inférieurs à la moitié du capital social. En droit OHADA, ce seuil constitue un signal d’alarme qui engage la responsabilité des dirigeants et oblige à des mesures de redressement sous peine de dissolution. À cette même date, l’endettement total de la société s’élevait à plus de 700 milliards de FCFA, essentiellement vis-à-vis de banques et de traders internationaux. Face à l’impossibilité de la trésorerie d’honorer les échéances, cette dette avait été cristallisée, ouvrant la voie à un programme de restructuration piloté par le ministère des Finances.

Pour comprendre les origines de cette crise, il faut remonter à l’incendie de 2019. Depuis ce sinistre, la SONARA a interrompu toute activité de raffinage. La raffinerie de Limbe, outil industriel historique du pays, s’est retrouvée à l’arrêt, contraignant la société à se repositionner temporairement dans le trading de produits pétroliers raffinés importés. L’objectif assigné était de couvrir 80 % de la demande nationale, mais la réalité des premières années s’est révélée très en deçà de cet horizon : en 2023, le taux de couverture du marché national par la SONARA ne dépassait pas 0,82 %. Les volumes nécessaires n’étaient tout simplement pas là. Pendant ce temps, le contentieux assurantiel consécutif au sinistre restait ouvert, les indemnités contractuelles dues par les assureurs n’ayant toujours pas été versées à la prise de fonctions du nouveau Directeur Général, Harouna Bako.

Ce dernier hérite donc d’un tableau de bord sous tension. Il y trouve également un mécanisme de soutien que l’État a mis en place dès 2021 : l’inscription, dans la structure des prix des produits pétroliers, d’une ligne intitulée « soutien à la raffinerie », fixée à 47,88 FCFA par litre. Les recettes générées par cette ligne sont domiciliées dans un compte séquestre à la Banque des États de l’Afrique Centrale. Ce dispositif, conçu pour alimenter la restructuration financière de la société, constitue l’un des leviers sur lesquels la nouvelle direction va s’appuyer pour reconstruire la trajectoire commerciale et industrielle de l’entreprise.

La reprise commerciale, justement, s’amorce en 2024. Cette année-là, la SONARA réceptionne et distribue 31 235 tonnes métriques de jet, 75 837 tonnes métriques de super et 154 042 tonnes métriques de gasoil. Pour financer ces opérations, elle obtient une ligne de crédit auprès de l’International Islamic Trade Finance Corporation, l’ITFC, pour un montant de 54 milliards de FCFA entièrement affectés à l’acquisition de produits pétroliers raffinés importés. Des financements complémentaires auprès de banques locales viennent renforcer ce dispositif. Parallèlement à cette montée en puissance commerciale, la direction a engagé le désenclavement financier de l’entreprise vis-à-vis de ses prestataires, en procédant au paiement des dettes accumulées à leur égard. Ce geste, qui restaure la crédibilité opérationnelle de la SONARA sur le marché local, conditionne directement sa capacité à mobiliser les fournisseurs de services dont elle a besoin pour soutenir son déploiement. Le taux de couverture du marché national passe ainsi de 0,82 % en 2023 à 11 % en 2024, puis à 35 % en 2025. Pour 2026, les projections de la direction tablent sur un taux pouvant atteindre 50 %.

Pour soutenir cette trajectoire, la SONARA a également entrepris d’optimiser ses capacités de stockage sur le site de Limbe. Des bacs initialement dédiés au brut ont été convertis en capacités de stockage de produits finis, super et gasoil en tête. L’opération porte la capacité de stockage disponible à plus de 190 000 mètres cubes. Ce réaménagement des infrastructures existantes traduit une logique de pragmatisme industriel : en attendant la reconstruction complète de l’outil de raffinage, la SONARA maximise l’usage de ce qu’elle détient pour accroître sa résilience logistique et sa capacité à honorer les volumes qu’elle s’engage à livrer au marché national.

Sur le plan industriel, la reconstruction de la raffinerie avance également. Les études Avant Projet Sommaire ont été lancées, confiées au cabinet français AXENS. Ces livrables sont présentés comme indispensables à la reconstitution de l’outil de production, dans le cadre d’un partenariat public-privé de type DBFM- concevoir, construire, financer, maintenir. Un audit technique réalisé par le cabinet EKIUM apporte, par ailleurs, un résultat qui modifie l’appréciation du coût du projet : 75 % des composantes sinistrées de l’usine sont récupérables. Ce taux change la nature même du chantier, en réduisant la part de reconstruction à mener depuis zéro.

La mobilisation institutionnelle autour de ce dossier s’est accélérée au cours des deux derniers mois. En avril 2026, une commission multisectorielle a été mise en place pour accompagner la conclusion et le suivi du contrat de PPP relatif à la réhabilitation de la SONARA. En mai 2026, une plateforme stratégique interministérielle a été installée pour aligner les actions gouvernementales sur le processus de restructuration.

Le 25 mai 2026, une convention-cadre a été signée entre le ministère de l’Eau et de l’Énergie, le ministère de l’Économie, le ministère des Finances et la SONARA, fixant le cadre général de l’accompagnement institutionnel en vue de l’exploitation de la raffinerie dans sa configuration finale « SONARA 2010 ».

 Les 29 et 30 juin 2026, la tenue du Market Sounding, sous la présidence des tutelles technique et financière, réunit des acteurs et partenaires nationaux et internationaux potentiellement intéressés par ce PPP. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’opération de reconstitution des fonds propres de juin 2026. Sa portée n’est pas seulement comptable, elle répond à une exigence réglementaire longtemps en suspens et envoie, à la veille du Market Sounding, un message structuré aux investisseurs que la SONARA entend séduire. Un capital social de 184 milliards de FCFA et des fonds propres de 108 milliards de FCFA, dans l’état actuel du dossier, constituent le fondement sur lequel la direction dit vouloir reconstruire la relation de confiance avec les marchés.

You may also like

Leave a Comment

Economie du Cameroun

Bulletin d'Information

Articles Récents

@2022 – Tous Droits Réservés. Conçu et Developpé par DesignItechs