Le document était censé rester interne. Il ne l’est plus. En effet, la lettre signée par Houssein Kleit, Directeur général adjoint de Prometal, en date du 25 mai 2026, et adressée à Oumarou Hamandjoda, tout nouveau Directeur général de la Société camerounaise d’électricité (SOCADEL), circule désormais dans les milieux économiques du Cameroun. Son objet consiste à contester frontalement une « créance » de plus de 10,47 milliards de FCFA que l’électricien public réclame « sauf erreur ou omission » au groupe sidérurgique de la Zone industrielle de Magzi-Bassa.
« Nous vous confirmons qu’il s’agit bien d’une erreur et d’une omission », écrit Prometal dans ce courrier que notre rédaction a pu consulter. « En conséquence, ce rappel de créance est non avenu, la créance n’étant ni certaine, ni liquide, ni exigible. » Des termes juridiques précis, qui traduisent non pas un simple désaccord comptable, mais une contestation de fond sur la nature même de la dette réclamée.
Le contexte dans lequel s’inscrit cette lettre est pour le moins tendu. Selon des données concordantes issues du courrier de la SOCADEL daté du 22 mai 2026, un document officiel, signé, réceptionné par les services du groupe sidérurgique, l’entité Prometal HTB est accusée d’avoir a accumulé un impayé de 9,16 milliards de FCFA sur la période allant de février 2025 à avril 2026. Pour ce puissant sidérurgiste opérant des fours à arc électrique, des laminoirs et des lignes de production qui ont besoin d’une constante disponibilité de l’énergie électrique, l’électricité n’est pas une charge que l’on diffère sans raison structurelle. C’est pourquoi la réponse de Prometal, loin de reconnaître une dette, oppose une narration radicalement différente, adossée sur les faits.
Facture « non fondée ni due »
Dans sa lettre, le groupe invoque les « précédents écrits » de SOCADEL elle-même- dont l’ex-Eneo- ainsi que « l’arbitrage du Régulateur (ARSEL) » pour affirmer que les factures en cause ne sont pas dues. « Une facture émise n’étant pas une facture fondée ni due », écrit explicitement Prometal. Le groupe conteste donc, non pas l’existence d’une consommation, mais la régularité de la facturation, laissant entendre que le calcul ou les bases contractuelles des factures litigieuses seraient eux-mêmes défectueux.
Plus significatif encore, Prometal révèle que la situation est actuellement soumise à un niveau politique de premier rang. « Des concertations instruites et supervisées par le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, sont en cours entre les parties pour clarifier la situation de la période évoquée dans votre correspondance », indique le courrier. Et le groupe de préciser que « le dossier demeure en examen à la Primature, avec l’implication de vos équipes de haut niveau, dont l’ancien Directeur Général qui a eu à y participer personnellement. »
Ce litige tombe dans un moment particulièrement sensible pour la SOCADEL. Le 8 mai 2026, Oumarou Hamandjoda et Jean Basile Ekobena ont officiellement pris les rênes de la structure de distribution à Douala, en présence du PCA Antoine Ntsimi. La cérémonie a été doublée de la signature d’un Contrat de Performance entre l’État et le nouveau directeur général, avec cent jours pour enclencher le redressement d’un secteur en déficit structurel.
La balle dans le camp de la Primature
Dans son courrier, Prometal se présente comme un partenaire de bonne volonté. Le groupe affirme avoir « toujours veillé à régler chaque mois » sa consommation d’énergie électrique, « conformément aux orientations concertées reçues du Gouvernement et réitérées aux parties à l’occasion des différentes réunions intervenues à date ». Et de conclure en réaffirmant sa disponibilité à « boucler avec SOCADEL les diligences actuellement en examen à la Primature ».



