L’idée germait depuis un moment. Les accidents s’accumulent sur les routes du pays et le GTTC, qui revendique plus de 3500 membres actifs sur les corridors Douala-Bangui et Douala-Ndjamena, ne pouvait plus se contenter de statistiques et de communiqués. Une convention a donc été signée avec Chanas Assurances. La compagnie prend désormais en charge la pose des caméras sur les camions dont les propriétaires souscrivent à son assurance. D’autres partenaires suivent, dont DigiTrans, dans la même logique.
Ibrahima Yaya [Photo], président du GTTC, s’adresse aux patrons de flottes, ceux qui recrutent et confient les clés d’un poids lourd. Il leur demande d’arrêter une pratique qu’il juge dangereuse, celle de mettre un camion entre les mains de jeunes immatures. Les camions, lance-t-il, s’achètent chez les concessionnaires. Aucune vie humaine ne s’achète nulle part. La phrase tombe comme une mise en garde. Il interdit désormais à ses membres de confier un véhicule à une personne insoucieuse, peu importe les liens familiaux ou d’amitié qui pourraient peser dans le choix.
Le ton continue de monter lorsqu’il aborde un autre sujet, celui des réseaux sociaux. Ibrahima Yaya demande à ses membres d’aimer leur pays et de cesser de le saboter en ligne. Une sortie qui surprend dans un cadre professionnel, mais qui traduit l’inquiétude d’un homme à la tête d’un groupement qui se présente comme le porte-parole du patronat des transports, fédérant motos-taxis, taxis, autobus, autocars et camions.
Derrière ces annonces, une réalité économique pèse sur le secteur. Le transport routier contribue à environ 8 % du PIB national, selon le ministère des Transports, et près de 70 % des échanges commerciaux sous-régionaux transitent par les corridors camerounais. Chaque accident, chaque camion immobilisé, chaque route abîmée par une surcharge pèse donc sur l’économie du pays tout entier. C’est cette surcharge, justement, qui revient dans les discussions de la journée. Le GTTC travaille déjà avec Douala Port Weighing Services sur le pesage des marchandises au port de Douala, pour tenter d’endiguer un phénomène qui détruit le réseau routier et fausse la concurrence entre transporteurs honnêtes et chargeurs pressés.
La réunion, qui se tient chaque semestre pour préparer l’Assemblée Générale de décembre, a aussi été l’occasion d’évoquer la dématérialisation à travers les plateformes GTTC Connect et GTTC Online. Ibrahima Yaya y voit une nécessité face à la montée de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine, qui bouscule les frontières commerciales du continent. Pour lui, le groupement doit rester connecté à ses membres, où qu’ils se trouvent, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.
La prochaine Assemblée Générale se tiendra à Garoua, entre le 8 et le 11 décembre, comme décidé lors de la précédente édition à Ngaoundéré. D’ici là, les caméras commencent déjà à s’installer sur les camions, et les patrons du secteur savent désormais qu’un œil électronique veille sur la route, en attendant que les mentalités suivent le même chemin.
