Célestin Tawamba, président du Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM) ouvre son discours sur un constat chiffré de l’effondrement de l’investissement public. À la fin mars 2026, les dépenses d’investissement de l’État s’établissent à 45 milliards de FCFA, contre 175,5 milliards un an plus tôt, soit une chute de 74,4 %. Le taux d’exécution des crédits d’investissement tombe à 2,2 % au terme d’un trimestre entier. « Comment comprendre que le fruit de certains de nos emprunts dorme dans les caisses de la CAA, alors même que tout est à construire ? », interroge le patron des patrons du Cameroun.
Qui situe cette contre-performance dans une trajectoire de dix ans. En 2016, le fonctionnement représentait 65,1 % du budget et l’investissement 34,9 %. En 2026, ces proportions atteignent respectivement 79,2 % et 20,8 %. « En dix ans, quatorze points ont basculé du capital vers le train de vie », constate-t-il. Dans le même temps, l’objectif assigné à l’administration fiscale passe de 3 200 milliards de FCFA en 2025 à 3 600 milliards en 2026, une progression de 12,5 % demandée à une économie qui croît de 3,5 %. La dette publique atteint 15 607 milliards de FCFA d’encours à fin juin 2026, soit 44,2 % du PIB, et son service absorbe près de 40 % des charges quand l’investissement public n’en représente que 23 %.
Face à cette équation, le GECAM formule une seule demande pour la loi de finances 2027. Que les dépenses de fonctionnement progressent moins vite que les dépenses d’investissement. « Cet arbitrage ne suppose ni loi nouvelle, ni financement extérieur. Il suppose une décision », précise Célestin Tawamba, qui résume : « Un budget qui prélève davantage pour fonctionner davantage n’est pas un budget de développement. C’est un budget d’entretien. »
Sur les infrastructures routières, le président du GECAM oppose les ambitions budgétaires aux constats de terrain. La loi de finances 2026 consacre une enveloppe de 660,4 milliards de FCFA à l’achèvement des grands projets et au lancement de nouveaux chantiers, pour près de 650 kilomètres de routes bitumées et plus de 1 300 mètres linéaires d’ouvrages d’art.
Le GECAM relève pourtant la dégradation continue de plusieurs corridors majeurs, dont Douala-Bafoussam, Douala-Yaoundé, Édéa-Kribi et Ngaoundéré-Kousseri. Les coûts de transport progressent de 11,5 % en 2023 puis de 12,3 % en 2024, et les dysfonctionnements du corridor ferroviaire Douala-Ngaoundéré génèrent, pour les marchandises destinées au Nord Cameroun, au Tchad et à la République centrafricaine, un surcoût logistique estimé entre 15 et 20 %. « Une route dégradée est un impôt. Un impôt que nul n’a voté, que nul ne recouvre, dont personne ne rend compte, mais que l’entreprise acquitte chaque jour, en carburant, en pneumatiques, en camions immobilisés », se désole Célestin Tawamba.
Sur l’électricité, le président du patronat camerounais dénonce un écart persistant entre les annonces institutionnelles et la réalité des opérateurs. L’année 2026 s’ouvre avec la nationalisation du segment de la distribution et la mise en œuvre du Compact énergétique national d’août 2025, d’un montant de 12,5 milliards de dollars, soit 7 750 milliards de FCFA. « La vérité du terrain, elle, demeure implacable. Malgré les annonces, malgré les réformes, malgré les cérémonies, la crise énergétique n’est pas derrière nous, elle s’aggrave », constate-t-il.
Selon les enquêtes Enterprise Surveys de la Banque mondiale, 65 % des entreprises camerounaises recourent à un groupe électrogène pour maintenir leur activité, à un coût de 200 à 350 FCFA par kilowattheure contre un tarif industriel compris entre 50 et 99 FCFA. Le GECAM note que l’entrée en production du barrage de Nachtigal, avec ses 420 MW supplémentaires, ne résout pas le blocage de l’acheminement de l’énergie vers les zones industrielles, tandis que le mécanisme du « take or pay » fait peser sur l’État une charge mensuelle estimée à 10 milliards de FCFA au bénéfice de NHPC. Le patronat demande le raccordement effectif des zones industrielles à la capacité déjà installée et un calendrier public de résorption du déficit du secteur.
Sur la gouvernance globale, Célestin Tawamba relie ces constats sectoriels à un déficit d’exécution plus large des engagements pris pour améliorer l’environnement des affaires. « L’entreprise ne vit pas de l’annonce d’une réforme. Elle vit de ses effets », rappelle-t-il, en appelant à ce que chaque engagement soit assorti d’un indicateur, d’une échéance et d’une évaluation mesurable : kilomètres de corridors réhabilités, capacité électrique effectivement disponible, arriérés apurés, part de la commande publique attribuée aux entreprises nationales.
