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Dépôts pétroliers : à Kribi, le projet de la SCDP, 18 ans d’attente, s’accélère dans l’ombre du CSTAR de la SNH

La Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) a lancé le 26 août 2026 la recherche des financiers pour son Terminal à hydrocarbures de Kribi (THK), les chiffres racontent une autre histoire, celle d'un projet vieux de 18 ans qui ne retrouve un rythme soutenu que depuis l'irruption, en 2025, du projet concurrent CSTAR porté par la Société nationale des hydrocarbures (SNH). Deux projets, un même site, la zone industrialo-portuaire de Kribi et deux calendriers qui n'ont plus rien en commun. *Image générée par l’IA.

by Aloys Onana
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Le Cameroun tout entier observe la scène et attend deux faits. Celui qui l’emportera en terme de célérité, de concrétisation et surtout, ce que cela aura comme incidence heureuse dans les dépenses quotidiennes, tant la majoration des coûts des produits pétroliers constitue une source de dépenses dans le budget de tous, surtout pour les gagnepetit. En attendant la fin des « hostilités », Economie du Cameroun met sur la table les deux projets, question de faire remarquer à tous des curiosités qui semblent caractériser le projet porté par la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP).

Le Terminal à hydrocarbures de Kribi trouve son origine en 2008, dans le cadre du Complexe industrialo-portuaire de Kribi. À l’époque, la SCDP s’associe même un temps à la société canadienne Blaze Energy pour un partenariat public-privé. Une concession gouvernementale est obtenue entre 2015 et 2016, mais le dossier stagne ensuite près d’une décennie. Il faut attendre le 18 décembre 2025 pour qu’un protocole d’accord tripartite soit signé entre la SCDP, le Port autonome de Kribi (PAK) et le consortium français Parlym/Negri, sur la seule composante quai et zone manifold. L’accord présidentiel pour le financement n’est notifié que le 22 mai 2026, suivi le 5 juin 2026 d’une descente conjointe SCDP-PAK sur le site retenu, à Lolabé/Mboro. Le 26 août 2026, soit dix-huit ans après le lancement de l’idée, la SCDP en est encore au stade de la recherche de financiers.

Sur le plan chiffré, le montage annoncé le 26 août 2026 porte sur un investissement de 150 milliards de FCFA, structuré avec les cabinets PG & Partners, en qualité de lead arrangeur, et la banque d’affaires ivoirienne Matha Capital : 100 milliards en monnaie locale et le solde en euros. Le terminal, présidé par Véronique Moampea Mbio (également directrice générale de la SCDP) et dirigé par Patrice Etame Etame, doit offrir une capacité de stockage de 230 000 m³. Un nouveau rendez-vous est fixé dans les deux mois pour boucler le schéma de financement.

L’accélération du CSTAR.

Le contraste est frappant avec le projet concurrent de la SNH. La société de projet CSTAR Tank Farm Project Management LLC, de droit émirati, n’est fondée que le 25 avril 2025, détenue à 49 % par Ariana Energy, 31 % par Tradex (filiale de la SNH) et 20 % par la SNH elle-même. Son conseil d’administration valide le business plan, le coût et le plan de financement dès le 19 juin 2025. Le lancement officiel du volet raffinerie a lieu le 17 juillet 2025. Un nouveau conseil d’administration, tenu à Dubaï le 6 décembre 2025, acte le démarrage opérationnel du chantier pour janvier 2026.  En un an à peine, CSTAR passe de la création juridique au premier coup de pelle, avec une base-vie installée à Mboro et une mission de plus de mille ingénieurs chinois et indiens déployée dès janvier 2026. En février 2026, les études d’ingénierie sont déjà achevées à 80 %.

Le projet CSTAR comprend deux volets. Une raffinerie de 30 000 barils par jour, sur 250 hectares à Kribi, et un terminal de stockage de réserves stratégiques d’une capacité de 250 000 à 300 000 m³, extensible, destiné au gasoil, à l’essence, au jet A1, au kérosène et au fuel lourd. Le coût de la raffinerie est évalué à 372 milliards de FCFA et celui du dépôt pétrolier à 168 milliards de FCFA, soit une enveloppe cumulée de 540 milliards de FCFA,  près de quatre fois l’investissement annoncé par la SCDP. BGFIBank Cameroun, via un consortium bancaire local (Afriland First Bank, CCA Bank, SCB Cameroun, BICEC), a mobilisé 120 milliards de FCFA pour la SNH. La mise en service commerciale de la première phase, avec une montée en puissance à 10 000 barils/jour dès fin 2026, est attendue pour 2028.

Deux dépôts pour un même port

Sur le papier, les deux projets sont redondants. Tous deux visent à installer, sur la même zone portuaire de Kribi, un terminal de stockage stratégique de produits pétroliers finis pour réduire la dépendance du Cameroun aux importations et désengorger le port de Douala. Mais l’un a mis dix-huit ans à obtenir un accord présidentiel de financement, tandis que l’autre a bouclé sa structuration financière et lancé ses travaux en moins de dix-huit mois. La coïncidence calendaire – accélération soudaine de la SCDP en 2025-2026, précisément lorsque le CSTAR de la SNH prend de l’avance sur le même segment – interroge sur la nature de la concurrence entre les deux opérateurs publics, et sur le risque, à terme, d’une duplication d’infrastructures sur un marché national estimé à 2,1 millions de tonnes de produits pétroliers par an.

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