Sa Majesté rappelle d’abord sa participation, le 25 mai 1955 à Douala, aux manifestations contre le renouvellement de la tutelle française sur le Cameroun. Il se présente comme l’un des rares survivants de cette génération et dit ne plus reconnaître, dans le Cameroun actuel, celui que cette génération envisageait pour 1960. « Ce n’est pas ce Cameroun que nous avions pensé en 1956 », déclare-t-il, situant l’origine des blocages actuels dans un mécanisme hérité de la période coloniale et reconduit depuis par les acteurs politiques nationaux.
Le roi Sokodjou désigne la malgouvernance comme le mal central dont procèdent tous les dysfonctionnements du pays. « Le problème du Cameroun, c’est la malgouvernance », affirme-t-il, avant d’énumérer les secteurs qui en subissent les effets, l’école, la santé, la sécurité et les partitions administratives. Il invite à traiter les conséquences de ce mal en priorité, faute de pouvoir en traiter la cause immédiatement, et pose le changement de mode de gouvernance comme condition de toute amélioration sectorielle.
Il relie cette situation à l’épisode d’Édéa, qu’il évoque comme le lieu où s’est préparée, selon lui, une prise de pouvoir organisée pour le compte de la France, dont il affirme détenir des documents à l’appui. Il situe dans ce montage la matrice d’un système politique reconduit jusqu’à aujourd’hui, et y voit la raison pour laquelle les Camerounais peinent à s’accorder sur une pratique politique commune. Il rappelle avoir lui-même refusé de voter pour Paul Biya en 1992 et dit avoir été stigmatisé pour ce choix, sans jamais céder aux pressions qui ont suivi.
Sur le terrain politique, le monarque conteste la représentativité de l’opposition actuelle. Il rappelle que neuf candidats sur les douze retenus aux dernières élections se sont présentés séparément, diluant ainsi une majorité qu’il juge écrasante si elle s’était rassemblée derrière un seul nom. Il dit avoir vainement cherché à faire converger les candidatures autour d’une figure unique, sans jamais voir ce rassemblement se concrétiser.
Le cœur de son adresse porte sur l’appel à l’action. Le roi Sokodjou récuse à la fois l’inertie et la voie armée, et situe la solution dans une prise de conscience organisée du peuple, en particulier de la jeunesse et de la société civile. « Il faut arrêter les dégâts », lance-t-il, précisant que la jeunesse doit occuper ce rôle de fer de lance sans recourir à la guerre. Pour justifier qu’une initiative individuelle suffise à entraîner un mouvement collectif, il convoque l’exemple de la prise de la Bastille en 1789, rappelant qu’un homme non français avait alors pris seul position en France et provoqué l’adhésion de tout un peuple à ce soulèvement. Il en tire la conclusion que les Camerounais n’ont pas besoin d’attendre un signal extérieur pour agir et que la responsabilité de sortir de l’inertie leur revient directement.

Il déplore l’absence d’organisation de la société civile camerounaise, qu’il dit n’avoir jamais vu prendre position collectivement, et l’appelle à structurer son action dans le sens de la paix plutôt que de laisser le désordre profiter à d’autres.
Pour illustrer sa méthode, le souverain relate un affrontement sportif opposant, dans les années 1980-1990, l’équipe de Renaissance de Bafoussam à celle du club Fédéral, à Foumban. Il explique avoir entraîné ses joueurs à jouer comme en l’absence d’arbitre, sachant l’arbitrage acquis à l’adversaire, et à s’imposer malgré les pénalités arbitraires. Il tire de cet épisode une leçon transposable au champ politique, la nécessité de démontrer une intelligence supérieure à celle de l’adversaire plutôt que de subir les règles qu’il impose.
S’adressant directement aux journalistes, le Roi Sokodjou leur assigne un rôle d’éducation et d’information plutôt que de provocation. Il les invite à formuler leurs messages de façon à orienter l’action utile des populations, plutôt qu’à entretenir des polémiques stériles, et conclut son adresse en réitérant son appel à l’unité des Camerounais autour d’une gouvernance renouvelée.
