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Samuel Njanga Kondo : « En matière d’industrialisation, les ambitions affichées n’ont pas toujours été traduites dans les faits avec la vigueur requise »

by EDC
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Dans cet entretien publié dans Cameroon Tribune et dans Les chroniques de l’industrie, le président du Président du Syndustricam passe au crible la situation et les défis que doit relever l’industrie camerounaise.*

M. le président, quel bilan pouvez-vous faire de ce dernier septennat du président Paul Biya en matière d’industrialisation et de mise en place véritable de la politique d’import substitution, quels sont les acquis ?

Le septennat qui s’achève n’a pas été de tout repos sur le plan économique. L’élection de 2018 s’est tenue dans un contexte de tensions internes majeures, avec des zones entières du territoire, notamment dans les Régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord, devenues difficile ment accessibles pour les opérateurs économiques. À cela se sont ajoutées des crises exogènes en cascade : la pandémie de COVID 19, la guerre en Ukraine avec ses effets inflationnistes et logistiques, puis plus récemment une montée des tensions géoéconomiques, marquée par une guerre commerciale larvée entre grandes puissances. Dans ce contexte, le Cameroun a fait preuve d’une certaine résilience macroéconomique, que nous devons saluer.

Cependant, cette résilience ne saurait masquer les limites structurelles persistantes qui freinent la transformation de notre économie. En matière d’industrialisation, les ambitions affichées n’ont pas toujours été traduites dans les faits avec la vigueur requise. Les bases de la politique d’import-substitution ont certes été posées à travers les Plans Directeurs d’Industrialisation, le recentrage de certaines priorités sectorielles, ou encore la montée en puissance du discours en faveur du « Made in Cameroon » mais les effets concrets restent encore trop timides.

L’industrialisation suppose une vision claire, une coordination forte et une volonté constante de réformes. Or, l’environnement reste marqué par des lenteurs administratives, une fiscalité peu incitative, un accès difficile aux intrants stratégiques (énergie, emballage, logistique) et une gouvernance sectorielle parfois hésitante.

Il faut aussi rappeler que malgré la vitalité de certaines filières (ciment, agroalimentaire, chimie de base), la contribution des produits manufacturés aux exportations reste marginale, à peine 2,5 % en 2024. De nombreuses branches industrielles comme le bois, le textile ou l’imprimerie sont en perte de vitesse, pendant que d’autres (pharmacie, plasturgie…) peinent à se déployer pleinement à cause d’une forte concurrence des importations. En somme, ce septennat a été celui de la résilience économique. Le prochain devra impérative ment être celui de l’accélération, de la cohérence et de la mise en œuvre effective d’une politique industrielle ambitieuse, inclusive et structurante.

Quels sont les besoins toujours prégnants du secteur industriel ?

Le secteur industriel camerounais exprime des besoins récurrents qui méritent une attention stratégique. En premier lieu, la disponibilité d’une énergie fiable, régulière et abordable reste une condition sine qua non pour garantir la continuité et la compétitivité de l’appareil productif. À cela s’ajoute la nécessité d’un accès élargi à des financements adaptés aux réalités industrielles, en particulier des instruments de crédit à moyen et long terme, soutenus par des mécanismes de garantie et un capital patent.

Un autre besoin fondamental concerne l’accès aux certifications, normes de qualité et labels, devenus incontournables pour pénétrer des marchés exigeants. Les entreprises, notamment les PME industrielles, doivent également bénéficier d’un accompagnement plus structuré dans leur montée en compétence, dans la structuration des filières dans lesquelles elles s’inscrivent, et dans leur capacité à se projeter au-delà du marché local. Dans le même esprit, il devient impératif de mettre en place un dispositif efficace de soutien à l’internationalisation, afin de per mettre aux entreprises camerounaises de tirer pleinement parti des accords commerciaux tels que la ZLECAf et l’APE. Dans l’ensemble, ces besoins traduisent une aspiration forte à évoluer dans un environnement plus compétitif, prévisible et stimulant.

Quels sont les principaux défis encore à relever ?

Les défis sont nombreux, et souvent structurels. Le premier reste celui de la cohérence et de la continuité des politiques industrielles. Il ne suffit pas d’afficher des ambitions ; il faut les traduire en actions concrètes, coordonnées, et suivies dans la durée. L’autre défi majeur est celui de la transformation locale : beaucoup trop de matières premières quittent encore le pays à l’état brut alors même que le noyau industriel local importe l’essentiel de ses matières premières (clinker, blé, maïs, pâte à papier, sucre, lait, huile de palme brute, …).

Il faut inverser cette logique, développer des unités de trans formation, monter en gamme, et accroître la valeur ajoutée locale. Nous devons aussi relever le défi de la modernisation du cadre réglementaire et fiscal, encore perçu comme complexe, instable, et parfois décourageant pour les investisseurs. Enfin, le défi de la compétitivité logistique est crucial. La qualité des infrastructures conditionne grandement l’efficacité des chaînes industrielles.

 À cela s’ajoute un impératif : restaurer la confiance, entre partenaires publics et privés, entre l’administration et les entreprises, entre les institutions et les investisseurs. Sans cette confiance, il n’y a pas d’engagement de long terme.

Source : Les Chroniques de l’industrie

*de la rédaction économie du Cameroun

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