Dans l’évaluation à mi-parcours de la Stratégie nationale de développement à l’horizon 2030 (SND30), le Comité national de suivi-évaluation de ce document tableau de bord de l’économie camerounaise annonce que la proportion des ménages ayant accès à l’eau potable a franchi le cap des 80 % en 2024 contre 61 % en 2014. Ce chiffre national global, qui agrège ville et campagne sans distinction, devient la référence reprise depuis dans plusieurs bilans de la stratégie.
An contrario, le document d’évaluation de la Banque mondiale (BM) livre une lecture opposée. L’institution relève d’abord que le Cameroun ne dispose pas d’un système de données intégré pour suivre l’accès à l’eau et à l’assainissement. Elle cite ensuite une étude des Nations unies sur l’eau selon laquelle, entre 2017 et 2022, l’accès à l’eau potable gérée en toute sécurité stagne en zone urbaine à 80% et ne progresse que de dix points en zone rurale, de 42 % à 52 %. Sur la même période, l’accès à l’assainissement recule légèrement en ville comme en campagne, les efforts engagés ne suivant pas le rythme de la croissance démographique, une situation que le changement climatique aggrave par la contamination de l’eau lors des inondations et par une charge en contaminants plus lourde pendant les sécheresses.
La Banque mondiale situe le Cameroun loin de ses objectifs 2030, fixés à 77 % d’accès à l’eau potable et 56 % d’accès à l’assainissement en zone rurale. Cheick F. Kanté, directeur des opérations pour le Cameroun, souligne en mai 2025 que le pays reste éloigné de ces cibles, au moment de l’approbation du premier volet d’un programme doté de 950 millions de dollars, échelonné sur onze ans.
La SND30 vise pourtant un objectif plus ambitieux, celui d’un accès universel à l’eau potable d’ici 2035, avec un palier de 90 % dès 2030. D’autres publications officielles brouillent le tableau plutôt que de le clarifier. Une enquête 2021 du ministère de l’Eau et de l’Énergie et de l’Institut national de la statistique évoque un taux national de 56 %, avec 82 % en zone urbaine contre 48 % en zone rurale. En avril 2026, le même ministère avance un taux de 77 % aujourd’hui pour une cible de 90 % en 2030. Trois sources gouvernementales, trois chiffres nationaux différents, aucun ne recoupant exactement les autres.
Le rapport d’évaluation à mi-parcours de la SND30, publié début 2026, mentionne une progression de l’accès à l’eau potable sans reprendre le chiffre de 80 %, dans un bilan par ailleurs contrasté, la stratégie n’ayant couvert que 49,6 % des besoins d’investissement identifiés par le ministère de l’Économie en 2023. L’évaluation situe la protection sociale et plusieurs indicateurs sectoriels en retard sur la trajectoire prévue, tout en notant une progression sur l’eau sans en préciser l’ampleur.
L’absence de système de données intégré, relevée par la Banque mondiale, explique en partie cette accumulation de chiffres difficilement comparables. Chaque source mesure un périmètre, une période ou une méthodologie différente, sans qu’aucune publication officielle ne permette de trancher entre une progression réelle vers l’accès universel et une stagnation persistante en zone urbaine, où vit pourtant la majorité de la population camerounaise.
