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Nassourou Alhadji Issa : l’industriel discret qui réécrit les règles

À moins de 40 ans, le CEO du Nasco Group a engagé plus de 25 milliards de FCFA dans l'agro-industrie camerounaise, portant sur les fonts baptismaux la Société de Raffinage du Cameroun (SORAC), un complexe industriel d'envergure régionale destiné à réduire la dépendance du pays aux importations d'huile végétale. Portrait d'un bâtisseur qui parle peu mais construit beaucoup.

by Aloys Onana
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Dans l’écosystème des affaires camerounais, Nassourou Alhadji Issa appartient à cette génération rare d’entrepreneurs qui préfèrent le béton des chantiers aux lumières des cocktails mondains. Le CEO du Nasco Group est ainsi décrit par ses pairs comme un homme de dossiers, de chiffres et de convictions. Formé à l’ESB Business School de l’Université de Reutlingen, en Allemagne, l’une des grandes écoles de commerce réputées d’Europe centrale, il rentre au pays avec une conviction chevillée au corps : le Cameroun peut et doit transformer ses propres matières premières.

C’est de cette ambition qu’est né le Nasco Group, un conglomérat à géométrie variable opérant dans l’immobilier, le négoce, le trading et, plus récemment, l’agro-industrie. Discret sur sa vie personnelle, l’homme s’exprime avant tout à travers ses réalisations. Sa reconnaissance est venue tardivement, mais avec éclat, la plateforme « Réussites du Pays » l’a classé parmi les 40 jeunes leaders camerounais de moins de 40 ans qui « redéfinissent les standards du leadership camerounais ». Une distinction qu’il a reçue avec une modestie caractéristique, remerciant ses pairs tout en appelant à « continuer à faire briller notre nation ». « Il s’agit de rendre compétitif le secteur et abordable le prix de ce produit de consommation de masse », souffelera-t-il.

SORAC : un pari industriel à 25 milliards

Le projet phare de Nassourou Alhadji Issa est sans conteste la Société de Raffinage du Cameroun (SORAC S.A), filiale du Nasco Group dont il a posé la première pierre dès fin 2020, en pleine période de turbulences économiques mondiales. Implanté à Dibamba, dans la Sanaga-Maritime, ce complexe agroindustriel couvrant plus de cinq hectares se déploie en deux unités distinctes : une raffinerie et une savonnerie. L’investissement total, initialement évalué à 15 milliards de FCFA, a été porté à 25 milliards de FCFA dans sa version finale, avec un financement 100 % camerounais — une particularité soulignée par les observateurs du secteur.

Les capacités de production sont dimensionnées pour peser sur les équilibres du marché régional : 100 000 tonnes d’huile raffinée par an et 70 000 tonnes de savon annuellement, grâce aux technologies de pointe de Desmet Ballestra, le spécialiste belge de référence mondiale dans l’ingénierie des corps gras. Pour sécuriser le projet dans la durée, Nassourou Alhadji Issa a également structuré la gouvernance de SORAC autour d’un conseil d’administration indépendant, une démarche saluée dans les milieux d’affaires comme un signal fort de maturité entrepreneuriale. « La vision du promoteur du Groupe NASCO d’avoir compris assez tôt l’importance de la gouvernance d’entreprise comme pilier indispensable de la réussite est digne de félicitations », a relevé un administrateur indépendant de la société lors de la première session de ce conseil.

L’empreinte sociale du projet SORAC est substantielle. Le complexe de Dibamba est attendu pour créer plus de 300 emplois directs et environ 1 000 emplois indirects, notamment dans la filière de collecte et de transport de l’huile de palme brute. Dans une économie où le chômage des jeunes reste une préoccupation structurelle, ces chiffres ont retenu l’attention des pouvoirs publics. La défunte DG de l’Agence de Promotion des Investissements (API), Marthe Angeline Minja, avait d’ailleurs salué la démarche lors de la signature de la convention avec SORAC. « Ce sont des projets hautement innovants qui vont employer beaucoup de jeunes. Ils cadrent aussi avec la politique d’import-substitution adoptée depuis quelques années. »

Sur le plan financier et fiscal, la démarche de Nassourou Alhadji Issa témoigne d’une volonté d’ancrage institutionnel. SORAC S.A a porté son capital social à 10 milliards de FCFA, signifiant ainsi un engagement durable sur le marché camerounais. La société bénéficie des exonérations prévues par la loi sur les incitations à l’investissement privé de 2013, révisée en 2017,  un cadre qui suppose en contrepartie des engagements précis en matière d’emplois et de réinvestissement local. Parallèlement, SORAC a formalisé des partenariats stratégiques avec des acteurs internationaux, dont la société belge Reuse Trading NV, pour l’approvisionnement en intrants. « Le Cameroun est confronté à une offre insuffisante en huile végétale. La SORAC envisage combler ce déficit et contribuer à l’atteinte des objectifs du SND 30 », indique l’entreprise.

Sorac, à la Dibamba à Douala.

Le projet industriel de Nassourou Alhadji Issa ne s’arrête pas à la raffinerie et à la savonnerie. Dans les cercles proches du groupe, on évoque déjà l’extension vers la production de margarine et de mayonnaise, des créneaux encore largement occupés par les importations en Afrique centrale. L’ambition affichée est d’étendre les activités de SORAC aux dix régions du Cameroun, puis à l’ensemble de la zone CEMAC. Une stratégie d’intégration régionale qui s’inscrit dans la logique de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF), dont le Cameroun figure parmi les signataires actifs.

La récente audience accordée par le Premier ministre Joseph Dion Ngute [voir compte LinkedIn du DG Nassourou],  illustre la reconnaissance institutionnelle croissante dont bénéficie cet opérateur discret. Nassourou Alhadji Issa a remercié le Chef du gouvernement pour « sa vision inspirante en faveur de la jeunesse », signalant ainsi que son agenda entrepreneurial rejoint les priorités nationales en matière d’emploi et d’industrialisation. Dans un paysage économique camerounais souvent dominé par les grandes corporations étrangères ou les groupes familiaux multigénérationnels, cet entrepreneur de moins de 40 ans, formé en Europe, bâtissant à Dibamba, et pensant sous-régional, incarne une nouvelle génération de capitaines d’industrie africains — celle qui préfère investir plutôt qu’importer.

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