C’est sous le signe de l’union que s’est ouvert, ce 4 mai 2026 à Douala, un événement que ses organisateurs ont immédiatement qualifié d’historique. Le Bureau de Gestion du Fret Terrestre (BGFT) du Cameroun, le Bureau National de Fret Terrestre du Tchad (BNFT) et le Bureau d’Affrètement Routier Centrafricain (BARC) ont procédé au lancement simultané de leurs plateformes numériques respectives, devant la presse nationale et sous-régionale, leurs tutelles ministérielles et l’ensemble des acteurs de la chaîne logistique. Le coordonnateur général du BGFT, El Hadj Oumarou, par ailleurs maire de la commune de Nkongsamba 1er, a planté le décor dès son discours d’ouverture, convoquant un proverbe africain pour en faire la devise de la journée : « Quand les araignées s’unissent, elles peuvent ligoter un lion. »
La pièce maîtresse du lancement camerounais est la plateforme Anthracite Plus, nouvelle génération de l’outil numérique du BGFT, livrée en décembre 2025 après une refonte complète de son architecture. Cette évolution s’inscrit dans le programme de dématérialisation des procédures du commerce extérieur piloté par le Secrétariat Général des services du Premier Ministre. El Hadj Oumarou, figure tutélaire d’un processus de numérisation qu’il conduit depuis les premières heures du Sigfret en 2019, a rappelé la profondeur de la démarche. « Notre souci est de nous conformer aux directives gouvernementales d’arrimage au processus de dématérialisation des procédures du commerce extérieur et surtout de sécurisation du transit des marchandises du Cameroun en direction des pays de la sous-région. »
La première génération de la plateforme, déployée dès 2022, avait permis aux commissionnaires en douane agréés de déclarer le fret international sans déplacement physique. L’Anthracite Plus franchit un seuil décisif en couvrant désormais l’intégralité de la chaîne logistique : des bailleurs de fret aux transporteurs, des agences aux checkpoints, du fret international au fret national. Entre janvier et mars 2026, quatre fonctionnalités majeures ont été stabilisées : cryptographie avancée des QR codes, paiement électronique via agrégateurs, dispositif des partenaires relais agréés, et optimisation de la géolocalisation de bout en bout. Les transporteurs génèrent désormais eux-mêmes leurs documents sans déplacement en agence ; le QR code cryptographique, vérifiable à chaque checkpoint, rend les contributions à la facilitation documentaire transparentes, traçables et non négociables.

À compter du 4 mai 2026, ce sont 12 agences BGFT, 41 checkpoints et trois représentations à l’étranger qui basculent sur la nouvelle plateforme. Ce déploiement a été précédé d’un séminaire de formation des formateurs certifiés Anthracite Plus LVI tenu fin avril à Garoua, Douala et Yaoundé. S’adressant aux équipes déployées de Garoua à Kribi, de Bertoua à Maroua, El Hadj Oumarou a lancé depuis la tribune. « La plateforme est prête, le réseau est en ligne, vous n’êtes pas seuls parce que vous me voyez, mais moi aussi je vous vois. »
Le déploiement s’articule autour d’un calendrier précis et ambitieux. Du 4 mai au 4 juin 2026, la phase de pilotage généralisé de la Lettre de Voiture Interne (LVI) sera activée sur l’ensemble du réseau BGFT, avec intégration progressive de la Direction Générale des Douanes, de la CNPS et du Guichet Unique des Opérations du Commerce Extérieur (GUCE). Du 24 mai au 6 juin se tiendra un forum international à Douala, centré sur le concept de « Smart Corridor », le lancement officiel de la Lettre de Voiture Obligatoire (LVO) digitale et la création d’Africa Fret. De juillet à octobre 2026 suivra le déploiement de la LVO nationale par vague régionale, avec une conformité intégrale au 1er octobre. Enfin, l’interopérabilité technique entre BGFT, BNFT et BARC est fixée à décembre 2026, avec harmonisation des référentiels et ouverture de la première passerelle commune. El Hadj Oumarou a résumé l’ambition en une formule. « Le passage d’une frontière ne doit plus être une rupture de charge, mais une simple formalité numérique. »
Du côté tchadien, c’est le Dr Ali Allatchi Djirey, Directeur Général Adjoint du BNFT nommé par décret présidentiel N°173/PR/PM/MTACMN/2026 du 27 mars 2026, soit à peine cinq semaines avant cet événement, qui a pris la parole au nom de l’institution dirigée par Saleh Youssouf Erda. Dans une intervention qui a d’emblée positionné le BNFT non comme un simple organe administratif mais comme un régulateur stratégique, il a précisé que les trois institutions sont « les garants de la fluidité des corridors, régulateurs de la concurrence et piliers de la transparence », assurant la coordination entre chargeurs, transitaires, douane et forces de sécurité.
Sur le plan opérationnel, le BNFT a annoncé un partenariat avec le cabinet Trade Nix Solution et SERVOO, pour la dématérialisation complète de la LVO et de la taxe à l’essieu côté tchadien. La phase pilote, conduite avec succès à Douala, Kribi, Ngaoundéré et au poste frontalier de Koutéré, permet aux transporteurs d’effectuer demandes et paiements en ligne. L’institution a par ailleurs renforcé son unité de surveillance opérationnelle par l’acquisition de deux véhicules pick-up tout-terrain, et élevé le poste de Kribi au rang d’agence à part entière, pour accélérer le traitement des dossiers sur un corridor où chaque heure perdue se traduit en coût pour les opérateurs. Ces réformes s’inscrivent, selon le représentant tchadien, dans la vision du Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno « pour moderniser l’administration et réduire les tracasseries ».
C’est Floris Endjito, Directeur Général du BARC depuis 2017, banquier de formation passé par la direction de la Trésorerie Financière et la Direction des Opérations et de la Technologie à Ecobank, qui a conclu les interventions institutionnelles avec la déclaration commune. Son propos a frappé par sa charge symbolique : pour lui, Douala est bien plus qu’une métropole étrangère pour la République Centrafricaine. C’est sa fenêtre sur le monde, le point de départ d’un corridor Douala-Bangui vital pour l’économie d’un pays enclavé, où chaque heure de retard se répercute directement sur la vie de millions de Centrafricains.
Sur le fond, il a affirmé que la souveraineté d’un État passe aussi par la souveraineté numérique de ses corridors, et que la RCA ne peut plus gérer ses flux logistiques avec les outils du passé. Le BARC a en conséquence intégré la numérisation des documents de facilitation dans un projet propre, financé par la Banque Africaine de Développement (BAD) et exécuté par le cabinet Cerveau.
À l’issue des travaux, les trois organismes ont lu une déclaration commune annonçant la signature prochaine, à N’Djamena, d’un « pacte de dématérialisation » destiné à combattre trois maux structurels qui gangrènent les corridors à savoir la tracasserie routière, l’opacité documentaire et les coûts de transaction élevés pénalisant les opérateurs économiques. Ce conclave tripartite, tenu en marge du lancement le 3 mai, est désormais présenté comme l’acte fondateur d’une nouvelle gouvernance numérique du fret terrestre sous-régional. El Hadj Oumarou a clos la cérémonie par un ultime proverbe, en forme de programme : « Si tu veux aller vite, marche seul. Si tu veux aller loin, marchons ensemble. Ce soir, le BGFT, le BNFT et le BARC choisissent d’aller loin. »



