C’est une place portuaire qui s’impose de plus en plus, et dont les récentes performances financières et des projections pour le bien-être industriel sont présentées par James Arthur Edongue, secrétaires permanent du CCOPAK. Ainsi, le port autonome de Kribi a traité 555 398 EVP de conteneurs en 2025, contre 135 820 en 2018. Le trafic conteneurs progresse de 308,9% sur la période, avec un taux de croissance annuel moyen de 22,3%. Le port enregistre 12,7 millions de tonnes de marchandises traitées en 2025, année qualifiée de record par la direction, et génère 335 milliards de FCFA de recettes fiscales, en progression de 25%.
L’infrastructure du terminal à conteneurs comprend un quai de 715 mètres avec un tirant d’eau de -16 mètres, sur 33 hectares de terre-pleins. Sept portiques de quai équipent l’installation, dont deux d’une capacité de levage de 61 tonnes et cinq de 65 tonnes, complétés par 25 portiques de parc sur pneus. Le terminal polyvalent dispose d’un quai de 615 mètres, également à -16 mètres, sur 33 hectares, avec deux grues mobiles portuaires de 40 et 25 tonnes et une grue mobile de 90 tonnes. Une digue de protection de 2030 mètres sécurise l’ensemble. Deux terminaux pétroliers offshore, Kome Kribi I et Ebomé, exportent la production pétrolière camerounaise et tchadienne. Un terminal gazier offshore, exploité par Golar/Perenco, assure la liquéfaction et l’exportation du gaz.
Face à Douala, le PAK ne parle pas de concurrence mais de complémentarité. Le port en eau profonde affiche un accès direct sans dragage, contre un chenal de 50 kilomètres nécessitant un dragage permanent pour Douala. Douala traite 83% du trafic en transit, Kribi 17% en 2024. La répartition des rôles se précise : Kribi capte la croissance des grands navires, Douala consolide la desserte historique.
Le port se positionne comme porte d’entrée régionale. Le corridor Kribi-Douala-N’Djamena capte 72% du transit hinterland assuré par le Tchad, avec 732 888 tonnes de fret tchadien transitées au premier semestre 2025, en hausse de 12%. Le corridor Douala-N’Djamena génère environ 350 milliards de FCFA de recettes douanières par an. Les marchés cibles s’étendent au Tchad, à la RCA, au Congo, au Gabon, à la Guinée équatoriale et, selon les opportunités, au Nigeria oriental.
La transformation locale constitue le second pilier de la stratégie présentée. Atlantic Cocoa, broyeur installé dans la zone de Kribi, illustre cette ambition avec une capacité de broyage de 48 000 tonnes, en extension vers 64 000 tonnes. Le PAK identifie dix filières prioritaires pour sortir de la logique d’exportation brute : cacao, bois, coton, caoutchouc, agro-alimentaire, minerais, halieutique, énergie, matériaux et intrants industriels. « L’objectif affiché consiste à transformer localement plutôt qu’exporter la matière première, et à capter une part plus importante de la valeur », souligne James Arthur Edongue.
La plateforme logistique régionale s’appuie sur les corridors Kribi- Douala-N’Djamena et Kribi-Douala-Bangui, sur le multimodal route-rail avec le projet Kribi-Edéa, et sur des ports secs. La fluidité du dispositif repose sur l’interconnexion des systèmes et le suivi électronique du fret.
Le port mise également sur le numérique avec la plateforme PAKAZURE et le concept de smart port. Le pilotage par la donnée permet le suivi des flux et l’anticipation des congestions. La traçabilité mesure les délais et sécurise les temps de parcours. L’intelligence économique analyse les filières et les opportunités de transformation.
La gouvernance du projet associe une douzaine de catégories d’acteurs : État, PAK, douane, administrations techniques, opérateurs portuaires, investisseurs industriels, transporteurs, banques et assureurs, chargeurs, collectivités, partenaires de développement et pays de l’hinterland. Le port martèle que sa compétitivité reste une œuvre collective, construite par l’ensemble de cet écosystème.
« Kribi, une profondeur maritime, mais surtout une profondeur économique pour le Cameroun et l’Afrique », se félicitent l’entreprise. Le PAK distingue quatre profondeurs : maritime pour accueillir les grands navires, industrielle pour transformer localement, logistique pour desservir l’hinterland, stratégique pour positionner le Cameroun.
Les retombées attendues, apprend-on, se déclinent en quatre axes : emplois directs et indirects liés à l’industrialisation et à la logistique, recettes fiscales et douanières renforcées, 300 milliards de FCFA en 2024 selon les données officielles, montée en valeur des filières cacao, bois, agro-industrie et minerais, et intégration régionale par la desserte de l’Afrique centrale et la réduction de l’export brut. Le PAK formule ainsi son ambition, renforcer la place du Cameroun dans le commerce intra-africain, attirer des industries et devenir un hub régional de transformation et de distribution.
En rappel, le Forum économique Promote 2026 se veut une plateforme de référence pour promouvoir un environnement économique attractif, innovant et compétitif, au service d’un secteur privé dynamique, résilient et créateur de valeur au Cameroun.



