Salle pleine. Des centaines de participants, badgés pour certains, en tenue traditionnelle pour d’autres occupaient jusqu’aux derniers rangs des chaises dorées disposées en rangées serrées. Devant eux, à la tribune présidée par le maire de la Ville de Douala ; Roger Mbassa Ndine, en présence du Secrétaire Général de la CUD et le Directeur financier de l’institution, une présentation défilait sur grand écran : les obligations du lotisseur, le droit de préemption, les réserves foncières. Le message était technique, mais l’enjeu, lui, était politique et existentiel pour la métropole.
C’est dans ce cadre que Roger Mbassa Ndine, maire de la ville de Douala, a ouvert les travaux de l’atelier intitulé « Sensibilisation sur la libération et la préservation des espaces réservés aux équipements publics dans les lotissements régulièrement approuvés par la Communauté Urbaine de Douala ». Une formulation administrative qui recouvre une réalité brutale. La CUD ne parvient plus à accéder aux terrains qui lui reviennent de droit dans ses propres plans de lotissement approuvés.
Douala compte, selon les estimations de la CUD -le recensement en cours devra confirmer les chiffres- entre 4,5 et 5 millions d’habitants. Cette croissance démographique soutenue s’accompagne d’une pression foncière qui étouffe progressivement la capacité d’action de l’institution communautaire. « La disponibilité d’espaces pour l’aménagement des équipements publics est désormais pour nous une préoccupation d’une importance critique », a déclaré le maire en ouvrant les travaux.
Les faits qu’il a exposés sont précis. Plusieurs espaces réservés aux équipements publics dans les lotissements approuvés par la CUD font l’objet d’occupations illégales, de détournements de vocation, de morcellements irréguliers ou de constructions anarchiques. Résultat : l’institution se retrouve à chercher des espaces de 100, 200 ou 300 m² pour installer de simples bacs à ordures. « Tout le monde veut qu’on enlève les ordures, mais personne ne veut qu’il y ait un bac à ordures à côté de chez lui », a lâché le maire sous les rires discrets de l’assistance.

Le BRT sans base, les services sans assise
L’exemple du Bus Rapid Transit, le futur système de transport rapide de masse par autobus que la ville projette de déployer, illustre la gravité de la situation. « Nous éprouvons d’énormes difficultés à trouver des espaces pour l’implantation des bases logistiques du BRT », a reconnu Roger Mbassa Ndine. Chaque projet d’infrastructure publique bute sur l’absence de foncier disponible, ce qui renchérit le coût des investissements et retarde les politiques publiques locales.
La diapositive projetée en salle résumait l’un des problèmes juridiques à la source de ces dérives. L’interdiction de vente prématurée de lots avant l’obtention du permis de lotir n’est pas respectée ; l’obligation d’information de l’acquéreur, fournir un certificat d’urbanisme et garantir que le terrain est constructible, n’est pas non plus systématiquement appliquée.
L’atelier vise à rappeler le cadre juridique applicable, présenter l’état des lieux arrondissement par arrondissement, et définir des mécanismes de veille foncière. Des mesures de libération des espaces déjà indûment occupés, conformément à la réglementation en vigueur, sont également à l’ordre du jour.
« Nous ne pouvons pas continuer à bâtir la ville de Douala au détriment de l’intérêt général. Chaque mètre carré d’espace public détourné est un service public en moins pour nos concitoyens », a conclu Roger Mbassa Ndine.



