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Énergie électrique : le Cameroun crée la SOCADEL, une entreprise au capital de 43,9 milliards de FCFA, en remplacement d’Eneo

Par décret présidentiel signé ce 04 mai 2026, Paul Biya officialise la transformation d'ENEO Cameroon en Société Camerounaise d'Electricité (SOCADEL), société à capital public à actionnaire unique, l'État.

by La Rédaction
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C’est un acte fondateur dans l’histoire énergétique du Cameroun. Le décret n° 2026/164, signé par le Président de la République Paul Biya ce 04 mai 2026, approuve les statuts de la Société Camerounaise d’Electricité, siglée SOCADEL. Ce texte, pris sur la base de l’Acte Uniforme OHADA du 30 janvier 2014 relatif au droit des sociétés commerciales, de la loi n° 2017/011 du 12 juillet 2017 portant statut général des entreprises publiques, et du décret n° 2026/163 du même jour portant transformation d’ENEO en société à capital public, consacre le retour de l’électricité camerounaise dans le giron exclusif de l’État.

L’aventure remonte à 1974. La Société Nationale d’Electricité du Cameroun (SONEL) avait alors été constituée sous forme de société anonyme. C’est dans le cadre de l’ordonnance n° 90-004 du 22 juin 1990 relative à la privatisation des entreprises publiques que l’État avait ouvert le capital de la société. Le 18 juillet 2001, la société Cameroon Power Holdings S.A, anciennement AES Cameroon Holdings S.A, avait souscrit 1 300 369 actions, avant d’en acquérir 1 068 207 supplémentaires le même jour.

En 2014, lors d’une Assemblée Générale extraordinaire, la dénomination avait mué en « Energy Of Cameroon », autrement dit ENEO. Vingt-cinq ans de gestion privée donc, soldées le 17 février 2026, date à laquelle l’État du Cameroun a racheté la totalité des actions détenues par Cameroon Power Holdings S.A dans le capital d’ENEO. Le décret du 04 mai 2026 vient parachever cette reprise en main, en dotant la nouvelle entité d’un corpus statutaire complet.

Les statuts, joints en annexe du décret présidentiel, définissent à l’article 3 un objet social particulièrement vaste. La SOCADEL a pour mission « la réalisation au Cameroun et à l’étranger de toutes activités ayant trait, directement ou indirectement, à la production, à la distribution, à l’importation et à l’exportation, à l’achat, à la vente et à l’utilisation de l’énergie électrique ».

La société peut en outre « acquérir, obtenir et exploiter au nom et pour le compte de l’État ou de ses démembrements des concessions, droits et privilèges relatifs à l’exercice de son objet social », ainsi que « procéder à la construction des infrastructures et la gestion des activités de service public ayant un lien avec son objet social ». Un champ d’action qui dépasse clairement les frontières nationales et confère à la SOCADEL une vocation régionale, voire continentale.

43,9 milliards de FCFA de capital

Sur le plan financier, l’article 6 des statuts arrête le capital social à la somme de 43 903 690 000 francs CFA, divisé en 4 390 369 actions d’une valeur nominale de 10 000 FCFA chacune, « entièrement libérées, de même catégorie et détenues, au nom de l’État, par le ministre chargé des Finances ». Une architecture financière qui reflète sans ambiguïté la nature de l’entité : une société à capital exclusivement public, même si les statuts ménagent une porte ouverte. « Le capital social peut être ouvert à d’autres actionnaires, en tant que de besoin. »

La gouvernance de la SOCADEL repose sur trois organes. l’Assemblée Générale des actionnaires, le Conseil d’Administration et la Direction Générale. L’Assemblée Générale est constituée d’un collège de cinq membres présidé par le représentant du ministre chargé des Finances, et comprenant des représentants de la Présidence de la République, des Services du Premier ministre, du ministère en charge de l’Energie et du ministère en charge de l’Economie. Elle statue à la majorité des trois cinquièmes, avec un quorum de quatre cinquièmes.

Le Conseil d’Administration, lui, est composé de neuf membres nommés par décret du Président de la République. Il intègre notamment le Directeur Général de la Société Nationale de Transport de l’Electricité (SONATREL) et celui d’Electricity Development Corporation (EDC), signalant ainsi la volonté d’une coordination étroite entre les différents maillons de la chaîne électrique nationale. Un représentant élu du personnel en fait également partie. La tutelle technique est assurée par le ministre chargé de l’électricité, la tutelle financière par le ministre chargé des Finances.

La Direction générale est assurée par un Directeur général assisté d’un Directeur général adjoint, nommés à la majorité des deux tiers du Conseil d’Administration, pour un mandat de trois ans renouvelable deux fois, soit un maximum cumulé de neuf ans. Passé ce seuil, les statuts sont formels. « Les actes pris par le Directeur Général ou le Directeur Général Adjoint au-delà de la durée prévue sont nuls et de nul effet. »

La SOCADEL a son siège social fixé à Douala. Sa durée de vie est fixée à 99 ans à compter du jour de sa constitution. En cas de cession partielle des actions à des personnes physiques ou morales de droit privé, la société serait automatiquement transformée en société d’économie mixte, conformément à l’article 40 des statuts. La dissolution, si elle devait intervenir par anticipation, serait prononcée par décret du Président de la République, sur proposition conjointe des deux ministres de tutelle.

Avec la création de la SOCADEL, le Cameroun referme un cycle libéral dans son secteur électrique et entend reprendre la maîtrise stratégique d’un bien commun fondamental. Il reste désormais à nommer les dirigeants et à opérationnaliser une structure qui hérite d’un réseau vieillissant, d’une dette technique lourde et d’une demande en forte croissance.

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