La salle de réunion du siège de la SNH à Yaoundé avait ce jour-là une allure de cénacle diplomatique. Autour d’une longue table habillée de compositions florales rouge et jaune, couleurs qui semblaient conjuguer symboliquement les drapeaux camerounais et chinois déployés en fond de salle, sous le portrait du chef de l’État Paul Biya, deux délégations denses et concentrées se faisaient face.
Côté camerounais, une dizaine de cadres en tenue de travail, parmi lesquels des ingénieurs de Tradex Cameroun S.A. Côté chinois, une délégation tout aussi étoffée, conduite par Xiao Guofeng, nouveau Conseiller économique et commercial de l’Ambassade de Chine au Cameroun. Au centre du dispositif, Nathalie Moudiki, représentante de l’Administrateur-directeur général de la SNH et présidente du Conseil d’administration de CSTAR, présidait les échanges avec une autorité tranquille, témoignant d’une maîtrise affûtée des dossiers en jeu.
L’audience du 16 avril 2026 portait essentiellement sur deux projets d’envergure ancrés dans la zone industrialo-portuaire de Kribi. Le premier, et le plus ambitieux, est le projet CSTAR- Cameroon Strategic Tank and Refinery-, dont l’enveloppe globale est arrêtée à 540 milliards de FCFA, soit 372 milliards pour la raffinerie et 168 milliards pour le terminal de stockage stratégique (Tank Farm), ce dernier devant être financé intégralement sur fonds propres de la SNH.
Lancé en juillet 2025 avec la pose de la première pierre à Lolabé, le projet prévoit la construction d’une raffinerie moderne intégrée d’une capacité de 30 000 barils/jour, implantée sur 250 hectares, qui devrait permettre de raffiner localement le brut camerounais et de produire une gamme complète : diesel Euro V, essence, VLSFO, MGO, asphalte, GPL et dérivés pétrochimiques. Parallèlement, le terminal de stockage affichera une capacité de 250 000 tonnes métriques, réparties entre gasoil, essence super, carburéacteur Jet A1 et kérosène. Les études d’ingénierie réalisées par le consortium RCG atteignaient 80 % d’avancement en mars dernier, avec une mise en service commerciale projetée pour 2028. BGFIBank Cameroun est chargée de mobiliser 120 milliards de FCFA pour le volet raffinerie.

Le deuxième dossier abordé concerne l’extension de l’usine Keda Cameroon Ceramics Ltd de Kribi-Bipaga, une unité de production de carreaux en céramique alimentée en gaz naturel par la SNH et Perenco. Entreprise de droit camerounais à capitaux chinois, Keda vise une production annuelle de 20 millions de mètres carrés, avec pour ambition de réduire significativement les importations nationales de produits céramiques. La SNH et ses interlocuteurs chinois envisagent désormais une extension substantielle de l’usine existante, en associant à l’exécution Norainco International Corporation Ltd, filiale du groupe China North Industries Corporation, aux côtés de la société turque RCG Turkey Solutions et de Global Process Systems.
Au-delà des chiffres, la rencontre a permis d’aborder des enjeux transversaux déterminants tels le transfert de technologies, le renforcement des capacités locales et promotion du made in Cameroon. Nathalie Moudiki a réaffirmé l’engagement de la SNH à accompagner toute initiative visant à consolider les investissements dans le secteur des hydrocarbures, saluant l’excellence des relations bilatérales. Les deux parties ont convenu d’approfondir leurs échanges et d’explorer l’ensemble des opportunités que leur offre le hub industriel de Kribi, appelé, selon les projections, à générer plus de 150 000 emplois et à ajouter jusqu’à huit points de croissance à l’économie nationale sur quinze ans.



