Inaugurée le 26 avril 2019 après un investissement de 54 milliards de FCFA, l’usine de Fondjomoko, dans l’arrondissement de Kékem (région de l’Ouest), s’est imposée comme le fleuron camerounais de la première transformation du cacao. D’une capacité annuelle de 32 000 tonnes, Neo Industry produit masse, beurre, tourteaux et poudre de cacao, essentiellement destinés à l’exportation. Au cours de la dernière campagne, elle est même devenue le plus gros acheteur de fèves avec 22,18 % de part de marché. Mais pour accélérer son extension, ses futures capacités devant couvrir à elle seule près de 80 % de la transformation locale, l’outil industriel doit d’abord régler une équation critique : l’énergie.
L’usine fonctionne actuellement en combinant le réseau national d’Eneo et des groupes électrogènes au gasoil, une configuration coûteuse et aléatoire. « Nous avons une énergie qui est insuffisante et de mauvaise qualité. La convention va nous permettre de disposer d’une énergie beaucoup plus stable », résume Samuel Boog, directeur industriel de Neo Industry S.A. C’est dans ce contexte qu’une convention tripartite a été signée le 22 avril dernier à Kekem entre Neo Industry S.A, Empower New Energy et la société canadienne Eclipse, désignée maître d’œuvre.
3 000 panneaux, 25 ans de contrat
Le projet prévoit l’installation de 3 000 panneaux solaires pour une puissance installée de 1,8 MWc, couplée à un système de stockage par batteries d’une capacité de 2,5 MWh. Le montage financier repose intégralement sur Empower New Energy, développeur norvégien spécialisé dans les projets solaires, qui prendra également en charge la construction, l’exploitation et la fourniture d’électricité dans le cadre d’un contrat d’achat de 25 ans. Eclipse assurera pour sa part la conception, la réalisation et la maintenance. Selon Patrick Nguea, responsable QHSE et stratégie chez Eclipse, l’usine fonctionnera prioritairement à l’énergie solaire, les batteries prenant le relais en l’absence d’ensoleillement, le réseau d’Eneo n’intervenant qu’en dernier recours.
Au-delà de la stabilité opérationnelle, le projet porte une ambition environnementale mesurable, soit 2 270,6 MWh d’électricité propre produits annuellement, et 1 505 tonnes d’émissions de CO₂ évitées chaque année. Plus de 120 emplois directs et indirects sont également annoncés. Empower New Energy travaille en parallèle sur un mécanisme de valorisation des crédits carbone, encore en phase de développement, qui permettrait aux industriels adoptant le solaire d’en bénéficier directement.
« Le partenariat avec Empower New Energy et Eclipse Énergies Renouvelables soutient notre ambition de construire une industrie compétitive, fondée sur des standards élevés, en ligne avec le niveau d’excellence que nous voulons offrir du Cameroun vers les marchés internationaux », déclare Chantal Bounkeu, directrice générale de Neo Industry S.A.
L’usine est dotée d’une capacité installée de 32 000 tonnes, mais ses responsables visent un objectif de 42 000 tonnes dès 2024, soit une hausse de 31,25 % par rapport à 2023. L’extension en cours doit porter ce volume à 80 000 tonnes, faisant de Neo Industry le premier transformateur de cacao du Cameroun, dans un pays où la transformation locale a pour la première fois franchi la barre symbolique de 100 000 tonnes au terme de la saison 2024-2025. Pour alimenter cet élan, l’entreprise conduit également un projet de chaudière biomasse visant à valoriser les coques de fèves dans la production d’énergie thermique une logique de circularité industrielle cohérente avec la transition verte engagée à Kekem.
Avec ce double pari- capacitaire et énergétique- l’entreprise d’Emmanuel Neossi confirme sa vocation de locomotive de l’agro-industrie camerounaise, à l’heure où Kekem s’impose progressivement comme une capitale régionale de la fève transformée.



