Le 17 juin 2026, au Palais des Congrès de Yaoundé, le Forum économique de PROMOTE 2026 ouvre ses travaux par un panel dont le libellé dit tout de la tension qui traverse l’économie camerounaise depuis des années : « Coûts des facteurs de production et compétitivité des entreprises au Cameroun- enjeux, politiques publiques et perspectives d’amélioration ». Parmi les quatre panélistes, une silhouette retient l’attention. Audrey Chicot, Présidente du conseil d’administration de Multi Services et Matériel Industriel (MSMI), fait son retour sur une tribune nationale de premier plan. Ce retour n’est pas anodin. C’est la voix d’une entrepreneuse dont le parcours constitue, depuis plus de deux décennies, une démonstration concrète de ce que l’industrie camerounaise peut produire lorsqu’elle se libère de la dépendance aux prestataires étrangers.
En 2003, à 27 ans, Audrey Chicot fonde MSMI avec un capital de départ de 12 millions de francs CFA et quelques caisses à outils, dans un secteur alors entièrement dominé par des opérateurs étrangers et des petits fabricants du secteur informel. Le pari semblait audacieux. Il s’est avéré gagnant dès les premiers mois, tant le besoin des entreprises industrielles en maintenance était alors énorme. MSMI s’impose progressivement comme référence en Afrique centrale pour la fabrication mécanique, la mécano-soudure et la maintenance industrielle. Ses carnets de commandes couvrent tous les segments : pétrole, industrie navale, industrie lourde, textile, bois, cosmétique, plastique et agro-industrie.
Nestlé, la Sonara, Alucam ou encore Perenco figurent parmi ses clients. Le chiffre d’affaires annuel de MSMI atteint 600 millions de francs CFA, soit près d’un million d’euros, et l’entreprise travaille pour certaines des plus grandes firmes mondiales, y compris dans la fabrication de pièces pour l’aéronautique. En 2014, l’ONUDI classe MSMI sixième entreprise mondiale sur 988 entreprises de même taille– une distinction qui propulse la société sur la scène internationale. La JICA, l’agence japonaise de coopération, choisit alors MSMI comme porte d’entrée du programme Kaizen de gestion de la qualité au Cameroun. Sous l’impulsion du ministère de l’Industrie et des Mines, Audrey Chicot se voit confier la mission de fédérer les acteurs de la maintenance industrielle et de les sortir du secteur informel.
En raison de la croissance et des performances de l’entreprise, le gouvernement camerounais classe MSMI parmi les entreprises stratégiques de l’industrialisation nationale à l’horizon 2035. Audrey Chicot préside par ailleurs l’Association interprofessionnelle de la fabrication mécanique et de la maintenance industrielle du Cameroun (AIFMC). Elle siège également comme consultante auprès de l’ONUDI, défendant à chaque tribune la nécessité d’industrialiser le continent.

Son intervention au panel inaugural de FOREP26 s’inscrit dans un débat que ses pairs ne peuvent esquiver. À ses côtés, trois voix aux profils complémentaires. Alphonse Nafack, ancien Administrateur directeur général d’Afriland First Bank pendant dix ans et fondateur du groupe JFN, porte la vision du Douala Tech Parks, qu’il positionne comme levier de transformation numérique et industrielle du Cameroun. (JFN CENTER) Babissakana, expert financier au long parcours institutionnel, apporte au débat la lecture macroéconomique des distorsions qui pèsent sur le tissu entrepreneurial. Mamoudou Bobbo, Chef de la Division des études, de la planification et des projets au MINPMEESA, représente la commande publique et le cadre réglementaire qui structure- ou contraint- l’activité des PME. La modération est assurée par Brice C. Simeu, diplomate et cadre de banque, dont le double ancrage institutionnel et financier devrait permettre de faire dialoguer terrain et politique publique.
Ce panel inaugural de PROMOTE 2026 arrive dans un contexte où le coût de l’énergie, de la logistique et du financement continue d’éroder les marges des entreprises locales face à la concurrence sous-régionale. Audrey Chicot, qui a construit MSMI précisément en réponse à cette dépendance structurelle, n’arrivera pas à cette table les mains vides.



