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Fiscalité : la taxe applicable aux cigarettes pourrait passer de 5 000 à 10 000 FCFA pour 1 000 tiges dès 2027

Des experts du ministère de la Santé publique et du ministère des Finances s’accordent sur un renforcement de la fiscalité applicable au tabac, avec un double objectif, réduire le tabagisme chez les jeunes et dégager des ressources pour la Couverture Santé Universelle.

by Manuella Nemaleu
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Le Cameroun s’apprête à revoir la fiscalité qui pèse sur le tabac. Des experts du Minsanté et du Minfi ont travaillé sur un dispositif destiné à renforcer les droits appliqués aux produits du tabac, dans un but double à savoir limiter l’accès des jeunes à la cigarette en faisant baisser la consommation, et financer la santé publique dans le cadre de la Couverture Santé Universelle (CSU).

Le constat posé lors des travaux entre les deux ministères situe la charge fiscale actuellement appliquée au Cameroun à 38,4 % du prix de vente de la marque de cigarettes la plus vendue. Ce niveau reste en retrait du seuil de 70 % recommandé par l’Organisation Mondiale de la Santé pour les pays qui utilisent la fiscalité comme levier de santé publique. Un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques publié en 2024 situait déjà ce total des droits applicables sur le tabac à 38,4 % du prix de vente de la marque de cigarettes la plus vendue en 2022, en deçà de la norme conseillée par l’OMS (OECD), ce qui confirme la marge de manœuvre identifiée par les deux administrations.

Selon les projections issues du Modèle de simulation des taxes de l’OMS, la taxe applicable aux cigarettes pourrait passer de 5 000 à 10 000 FCFA pour 1 000 tiges dès 2027. Ce relèvement ferait reculer le nombre de fumeurs de 47 000 personnes. En 2028, le même droit pourrait atteindre 15 000 FCFA pour 1 000 tiges, avec un recul supplémentaire porté à 65 000 fumeurs. Deux paliers qui dessinent une trajectoire de hausse continue sur les deux prochains exercices budgétaires.

Pour le budget de l’État, cette réforme ouvre une perspective de recettes supplémentaires. Le doublement puis le triplement du droit spécifique appliqué aux cigarettes, s’il se concrétise dans la loi de finances, élargit l’assiette des droits d’accises sur le tabac, aujourd’hui limités. Le même rapport de l’OCDE relevait que les recettes des droits d’accises sur le tabac restent particulièrement faibles, à hauteur de 0,01 % du PIB, en comparaison internationale (OECD). Une hausse des tarifs se traduit mécaniquement par un gain de recettes par unité vendue, avant même toute évolution des volumes, ce qui constitue une ressource nouvelle pour le financement de la CSU sans recourir à l’endettement ou à un nouvel impôt généraliste.

Ce gain reste toutefois conditionné par la maîtrise de la contrebande. Les recettes sont grevées par le commerce illicite, notamment à la frontière avec le Nigéria, et la lutte contre ce trafic devra être une priorité pour que la hausse des taxes se traduise en recettes effectives (OECD). Sans un contrôle renforcé de la douane sur les flux transfrontaliers, une partie du volume de cigarettes vendues au Cameroun pourrait échapper aux nouveaux droits, réduisant l’écart entre le gain budgétaire attendu et celui effectivement encaissé.

La mise en œuvre de ce relèvement suppose une traduction dans les textes budgétaires des prochains exercices. Le calendrier annoncé, avec un premier palier en 2027 puis un second en 2028, place cette réforme au centre des arbitrages des prochaines lois de finances, aux côtés des autres mesures de mobilisation des recettes intérieures déjà engagées par le Minfi.

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