Il porte un alias « Président Nguefack », indique les services de police, qui pensent que l’intéressé aurait tissé une toile d’influence au sein même des commissariats et brigades de gendarmerie du département du Wouri. Le message radio-porté N°1945/MRP/DRSNL/S, signé du Commissaire divisionnaire Ondoa Ongono Hervé Marie, Délégué régional P.I. [par intérim] de la Sûreté nationale du Littoral, et daté du mois de mars 2026, instruit l’ensemble des chefs de services et unités de la Sûreté nationale à prendre « des dispositions appropriées » pour mettre fin aux agissements présumés de Nguefack Maurice.
Le document, dont Économie du Cameroun a obtenu copie, est sans ambiguïté : il s’agit de la répercussion d’instructions émanant directement de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN), référencée MP N°119/DGSN/DRG/DARG/SDER/S du 25 mars 2025. Le « Chef Corps » aurait lui-même été saisi d’informations signalant un « trafic d’influence orchestré » par le mis en cause, lequel aurait pour habitude de contacter des responsables d’unités de police et de gendarmerie afin d’obtenir la libération de personnes interpellées, notamment dans des affaires de trafic de stupéfiants et de trafic d’ossements humains. Des pratiques qui, si elles étaient avérées, dessineraient le profil d’un homme agissant comme interface entre le banditisme organisé et les services de l’ordre.
Le foncier, terrain de prédilection
C’est dans le domaine foncier que le dossier prend une dimension économique préoccupante. Le texte du message porté fait explicitement référence à la « prédation foncière » parmi les griefs retenus. Dans un contexte où le marché immobilier de Douala souffre d’une insécurité juridique chronique, les réseaux de faussaires en titres fonciers alimentent une défiance généralisée qui freine les investissements, pénalise les ménages et détourne des ressources considérables vers des circuits opaques.
Selon les experts du secteur, les fraudes foncières au Cameroun coûtent chaque année des milliards de francs CFA à l’État, aux particuliers et aux entreprises. Elles enkystent des litiges qui paralysent des projets immobiliers, industriels ou agricoles pendant des décennies. Dans le seul Grand Douala, des milliers de titres fonciers sont contestés devant les juridictions civiles et administratives, contribuant à l’engorgement des tribunaux et à l’atonie de pans entiers du marché immobilier formel.
Au-delà du préjudice individuel subi par les victimes de faux titres, ce type de comportement mine la confiance des investisseurs étrangers et nationaux dans le système d’enregistrement foncier camerounais. Des réformes structurelles sont en cours- numérisation du cadastre, modernisation du Livre foncier- mais leur efficacité reste conditionnée à l’assainissement effectif du secteur par les forces de l’ordre et la justice.
Nguefack Maurice, qui bénéficie de la présomption d’innocence jusqu’à jugement définitif, demeurait injoignable au moment de la publication de cet article. La police appelle à tout témoignage susceptible de contribuer à la manifestation de la vérité.



