www.andjeun.com . C’est un site à visiter. En effet, c’est dans une salle au décor sobre, sous les regards de dizaines d’invités rassemblés en présentiel et de participants connectés à distance via Zoom, que la plateforme Añdjeun a été présentée au public. Derrière ce nom, emprunté à l’univers sémantique des langues du terroir, se dessine un outil numérique à vocation culturelle et éducative, conçu pour répondre à ce que ses concepteurs décrivent comme un vide dans l’offre de ressources intellectuelles accessibles au grand public africain.
La démonstration technique a été assurée par Ronald Ayée, l’un des architectes de la plateforme, assisté de Kwezi et de Boris, présenté comme le responsable des aspects techniques. « Añdjeun est une plateforme web accessible via navigateur, répartie en trois grandes parties : une bibliothèque, un espace de formation et un espace événementiel », a exposé Ronald Ayée devant l’assistance.
La bibliothèque constitue le cœur du dispositif. Elle recense aujourd’hui 3 500 titres, avec des chargements en cours devant porter ce chiffre à 4 500 ouvrages d’ici la fin de la semaine du lancement. Les ouvrages couvrent un spectre large : littérature, philosophie, essais, ainsi que des contenus pratiques liés à l’agriculture, à l’élevage et à l’apiculture. « Majoritairement, les livres sont orientés sur la valorisation de la culture africaine », a précisé Ronald Ayée. La plateforme est en mode wiki, les ressources sont ajoutées de façon continue par les administrateurs, selon des critères de qualité et d’alignement avec la vision portée par le projet.

L’espace formation propose, à ce stade, des contenus centrés sur l’agriculture, l’élevage et l’apiculture, avec une vocation à s’élargir. L’espace événementiel, lui, permet aux membres de consulter les activités annoncées, de s’y inscrire et de participer soit en présentiel, soit à distance. « Vous recevez un code d’accès à la réunion virtuelle. Si vous le souhaitez, vous venez en physique ou vous participez de manière distancielle », a expliqué Ronald Ayée.
Au-delà du catalogue, le porteur du projet, Gabriel Fopa, a insisté sur une fonctionnalité, la constitution de bibliothèques personnelles avec annotation. « Quand je crée ma bibliothèque personnelle, j’y ramène tous les livres qui m’intéressent. Je peux faire tous les commentaires, souligner en jaune, en vert ou en rouge, selon un codage personnel que j’ai défini. Et deux ans après, je dis : j’aimerais savoir tout ce que j’ai coché en rouge des livres de Frantz Fanon. Et je l’ai », a illustré Gabriel Fopa. Il a qualifié cet avantage de « quick time », la réduction du temps de recherche pour retrouver des citations, préparer un entretien ou construire une réflexion.
La modération des commentaires publiés par les membres est assurée par l’équipe de la plateforme. Les événements enregistrés dans la section dédiée incluront également des archives de conférences et de webinaires déjà tenus, offrant ainsi une mémoire consultable des échanges intellectuels organisés par la communauté.
La viabilité financière du projet repose sur un système d’abonnement annuel. « L’abonnement coûte 5 000 francs par an pour les adultes, et 2 500 francs pour les jeunes et tous ceux qui disposent de la carte jeune biométrique », a précisé Gabriel Fopa au cours de la présentation, soulignant que la plateforme comprend une dimension publique, accessible sans inscription, et une dimension privée réservée aux abonnés. La plateforme est disponible en français et en anglais, le bilinguisme étant présenté comme une réponse à la réalité sociolinguistique du Cameroun.

Le projet ne se limite pas au territoire camerounais. « Nous allons nous déployer sur le Cameroun, ensuite sur le Tchad, en RCA, puis au Congo. Au bout d’un moment, nous aurons une communauté critique d’Africains, de Camerounais », a affirmé Gabriel Fopa. Cette expansion géographique est pensée comme un levier pour constituer une masse critique de lecteurs, de commentateurs et de contributeurs, capables d’alimenter des débats intellectuels ancrés dans des réalités africaines.
En parallèle, les porteurs du projet ont évoqué une seconde plateforme développée simultanément, intitulée « Aux Frontières de la Science et de la Spiritualité », dont les détails n’ont pas été développés lors de la présentation, mais qui serait d’ores et déjà disponible. Gabriel Fopa a également mentionné des réflexions en cours sur l’identification de terres à louer ou à prêter à des jeunes formés via la plateforme, dans une logique d’articulation entre savoir-être et savoir-faire. « Une science sans conscience n’est que ruine de l’âme », a-t-il rappelé en conclusion.




