C’est dans la sérénité feutrée du siège de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), à Yaoundé, que s’est jouée une séquence décisive pour l’avenir énergétique du Cameroun. Le 5 mai 2026, Adolphe Moudiki, Administrateur-directeur général de la SNH, représentée par Nathalie Moudiki et Abakal Mahamat, Administrateur-directeur général de BGFIBank Cameroun, ont signé une convention de financement de 120 milliards de FCFA dédiée à la participation camerounaise dans le projet de raffinerie CSTAR à Kribi.
Cette opération est l’aboutissement d’un mandat confié à BGFIBank Cameroun en novembre 2025 pour mobiliser les fonds nécessaires à la contribution directe de la SNH dans le projet. La banque a constitué à cet effet un pool associant Afriland First Bank, CCA-Bank, SCB Cameroun et BICEC, une coalition inédite du secteur bancaire local autour d’un projet industriel d’une telle envergure.
« Nous avons mobilisé 120 milliards de FCFA à travers nos partenaires bancaires pour mettre à la disposition de la SNH sa participation dans le projet de raffinerie CSTAR », a déclaré Abakal Mahamat lors de la cérémonie. Il a également rapporté l’engagement formel de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC), dont le gouverneur Yvon Sana Bangui a fait savoir que l’institution considère le projet comme stratégique pour la stabilité monétaire régionale.
Pour Nathalie Moudiki, Chairlady de CSTAR et représentante de l’ADG de la SNH, cette signature ouvre la voie aux décaissements. « L’ouverture des décaissements vient d’une part garantir une progression des travaux conformément au calendrier annoncé et d’autre part rassurer davantage nos partenaires », a-t-elle souligné.
Le consortium RCG est chargé de la réalisation technique de l’ouvrage. Sur le site de Mboro, dans la zone industrialo-portuaire de Kribi, les premières infrastructures sont déjà en place depuis janvier 2026, avec une base vie opérationnelle et des équipes d’ingénieurs mobilisées sur le terrain. Les premières productions sont attendues dès décembre 2026 à raison de 10 000 barils par jour, avant une montée en puissance progressive jusqu’à 30 000 barils par jour en 2028.
Économie du Cameroun sur CSTAR
Votre journal suit ce dossier depuis ses prémices. Les données publiées par notre rédaction permettent de restituer, avec précision, l’ampleur réelle d’un projet qui redessine les contours de la souveraineté énergétique nationale.
Une architecture capitalistique ancrée dans la zone du Golfe. CSTAR Tank Farm Project Management LLC, la société de projet créée le 25 avril 2025 aux Émirats Arabes Unis, repose sur une structure actionnariale tripartite : Ariana Energy en détient 49 %, Tradex 31 % et la SNH 20 %. C’est au sein de cette entité de droit émirati que sont centralisées les décisions stratégiques, comme l’a démontré la réunion du conseil d’administration tenue le 19 juin 2025 à Dubaï, où ont été validés le business plan, le coût du projet et le plan de financement des études FEED.
Un investissement global estimé entre 111 et 115 milliards de FCFA pour le seul terminal de stockage. Le coût du terminal de réserves stratégiques est évalué entre 198 et 200 millions de dollars, soit l’équivalent de 111 à 115 milliards de FCFA. Son financement suit un modèle de project finance, 30 % sont apportés en fonds propres par les partenaires camerounais, la SNH pour 23,5 millions de dollars et Tradex pour 36,5 millions de dollars, tandis que les 70 % restants sont mobilisés par Ariana Energy. Une fois construit, ce terminal sera capable de stocker entre 250 000 et 300 000 mètres cubes de produits pétroliers : gasoil, super, DPK, Jet A1, kérosène et HFO dans une infrastructure extensible, dans la proximité immédiate du port en eau profonde de Kribi.
Une raffinerie de 30 000 barils par jour sur 250 hectares. La raffinerie proprement dite, conçue pour traiter le brut camerounais et produire une gamme complète de produits finis, sera implantée sur un site de 250 hectares dans la zone industrialo-portuaire de Kribi. Sa capacité de production est fixée à 30 000 barils par jour, avec une production annuelle projetée d’environ 1,8 million de tonnes métriques. Les études FEED affichaient un taux d’exécution de 80 % en février 2026, avec des ingénieurs déployés sur le terrain depuis janvier de la même année.
Un impact macroéconomique qui justifie l’urgence du projet. Les projections publiées par notre rédaction placent CSTAR au rang des projets les plus structurants de la décennie pour les finances extérieures du Cameroun. La réduction des importations de produits pétroliers finis est estimée à 30 % de la demande nationale, pour des économies équivalant à environ 750 millions de dollars par an, soit quelque 435 milliards de FCFA. Les économies nettes en devises pourraient, selon les mêmes projections, dépasser 580 milliards de FCFA, tandis que les exportations potentielles de fuel marin pourraient générer environ 250 millions de dollars supplémentaires chaque année.
Ces chiffres prennent tout leur sens au regard du contexte sectoriel que nous avons documenté : la demande nationale en produits pétroliers est estimée à 1,9 million de tonnes métriques par an, pour une capacité de stockage actuelle de seulement 275 000 mètres cubes, bien en deçà des 470 000 mètres cubes exigés par la réglementation, soit l’équivalent de 30 jours de consommation auxquels s’ajoutent 15 jours de stocks commerciaux. La production nationale brute tourne autour de 60 000 barils par jour, mais le Cameroun dépend entièrement des importations de produits raffinés depuis la mise à l’arrêt de la SONARA, victime d’un incendie en mai 2019.
5 000 emplois en construction, 200 postes permanents à l’exploitation. Au-delà des équilibres financiers, CSTAR est aussi un projet social. Notre rédaction a établi que le chantier devrait mobiliser jusqu’à 5 000 travailleurs en phase de construction, avant de générer environ 200 emplois permanents une fois la raffinerie entrée en régime d’exploitation.



