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Souveraineté alimentaire : le Cameroun suspend la délivrance des permis d’importation de maïs, pour sauver la filière locale

Face à la mévente chronique de la production nationale et au creusement du déficit commercial, le ministre du Commerce a ordonné la suspension immédiate de l’importation du maïs. Une mesure d'urgence qui vise à protéger les agriculteurs locaux tout en stabilisant les réserves de devises du pays.

by Albright Fandono
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Par la voix de Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre du Commerce (Mincommerce) le gouvernement camerounais a frappé un grand coup le 8 mai 2026. Dans une note estampillée « Très Urgent », le ministre du Commerce a instruit son homologue de l’Agriculture de suspendre, jusqu’à nouvel avis, la délivrance des permis d’importation de maïs. Cette décision radicale fait suite à une réunion interministérielle présidée par le Premier ministre, Chef du Gouvernement, le 7 mai dernier. Le constat du Mincommerce, les stocks locaux peinent à trouver preneurs, le marché est inondé par des céréales étrangères, créant un déséquilibre insupportable pour l’économie rurale.

La situation est donc devenue critique, de l’avis du Mincommerce, qui trouve par cette interdiction un moyen qui permettra de redynamiser la culture locale du maïs. Ces trois dernières années, la dépendance du Cameroun aux marchés extérieurs pour le maïs a connu une progression alarmante. Selon les données compilées par l’Institut national de la statistique (INS), le pays a dépensé environ 19,4 milliards de FCFA pour les importations de maïs en 2024, marquant une hausse vertigineuse de plus de 103 % par rapport à l’année précédente. À titre de comparaison, la facture ne s’élevait qu’à 7,9 milliards de FCFA en 2023.

Cette explosion des coûts financiers s’explique par un volume d’importation record qui a atteint plus de 81 800 tonnes en 2024, contre seulement 39 000 tonnes en 2023. Bien que le maïs ne représente qu’une fraction de la facture céréalière globale (dominée par le riz et le blé), son poids financier pèse de plus en plus lourd sur la balance commerciale, surtout dans un contexte où la demande nationale, estimée à 2,8 millions de tonnes, n’est couverte qu’à hauteur de 2,3 millions de tonnes par la production locale.

Protéger pour transformer

L’enjeu de cette suspension n’est pas uniquement comptable. Il s’agit de mettre fin à un paradoxe. Pendant que les éleveurs de volaille et les brasseurs- principaux consommateurs de maïs- se tournent vers des fournisseurs argentins ou brésiliens, les paysans de l’Ouest et du Septentrion voient leurs récoltes pourrir dans les greniers faute de circuits de commercialisation compétitifs.

En gelant les permis d’importation, le gouvernement force les acteurs industriels à se tourner vers les « bassins de production » nationaux. Cette mesure de sauvegarde s’inscrit dans la Politique d’Import-Substitution (SND30), qui ambitionne de réduire la dépendance alimentaire du pays. Néanmoins, faut-il le souligner, pour que cette décision ne se transforme pas en pénurie ou en flambée des prix des œufs et de la viande de poulet, Yaoundé devra impérativement accélérer le soutien technique aux producteurs locaux pour combler le déficit structurel de 500 000 tonnes qui fragilise encore le marché.

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