Le gasoil importé revient à 974,93 FCFA le litre alors que le prix à la pompe à Douala est maintenu à 828 FCFA. L’écart de 146,93 FCFA par litre inverse la logique de la chaîne aval, puisque le produit coûte davantage à l’entrée du dépôt qu’à la sortie de la station. Cédric Ketchanga établit ce constat dans sa chronique mensuelle d’octobre 2026.
Ce différentiel est absorbé par le mécanisme de soutien. Le remboursement versé par l’État passe de 109,22 FCFA le litre en juillet à 430,30 FCFA en octobre, soit 321,08 FCFA de plus en trois mois. Le soutien unitaire excède l’écart brut entre coût d’importation et prix à la pompe, ce qui suppose que la compensation couvre aussi les autres composantes de la structure de prix, entre fiscalité, marges des marketeurs et frais logistiques. Le consommateur ne voit aucune variation à la station, le Trésor la porte intégralement.
Dans un régime de prix administrés, les fluctuations du coût CAF ne se transmettent plus au détail. Elles se déplacent vers la ligne de subvention du budget, qui joue le rôle d’amortisseur pour les transporteurs, les opérateurs de dépôts et les distributeurs. Le gasoil alimente les camions, les groupes électrogènes et les engins de chantier, ce qui explique la sensibilité du dossier. La stabilité du prix affiché repose sur un transfert financier dont le montant évolue avec les cotations du produit raffiné et le taux de change.

Le paradoxe tient à la position du pays dans la filière. Le Cameroun produit du pétrole brut mais importe une grande partie des produits raffinés qu’il consomme. Au premier trimestre 2026, les importations d’hydrocarbures atteignent 274,3 Md FCFA, en hausse de 2,5 %, tandis que les recettes d’exportation de brut s’établissent à 144 Md FCFA, en recul de 14,4 %. Les achats extérieurs représentent ainsi environ 1,9 fois les recettes du brut exporté, soit un solde négatif de 130,3 Md FCFA sur le seul trimestre. Le pays cède du brut en amont et rachète du produit fini en aval, ce qui pèse sur la balance des paiements.
Le verrou structurel se situe au raffinage. La Société nationale de raffinage (Sonara), à Limbé, ne couvre pas la demande intérieure et la dépendance aux importations de produits raffinés persiste. Le programme PARRAS 24 prévoit la remise en état progressive de la raffinerie. Tant que les unités de distillation et de conversion ne retrouvent pas leur régime nominal, le marché reste preneur de gasoil à parité import, avec une facture indexée sur les cotations internationales.
Le risque est d’abord budgétaire. La question dépasse le prix à la pompe et porte sur le coût collectif de la stabilité artificielle des prix. Le Fonds monétaire international estime que la politique de subvention réduit les effets immédiats du choc sur les consommateurs, mais souligne dans le même temps la nécessité de réformer le mécanisme de fixation des prix et de mieux cibler les aides sociales. Concrètement, cela renvoie à une formule d’ajustement lisible, à une trajectoire de résorption de la subvention et à des transferts dirigés vers les ménages exposés plutôt qu’à une compensation généralisée au litre.
Avec un soutien multiplié par près de quatre entre juillet et octobre, la soutenabilité de la dépense devient le sujet central pour l’exécution de la loi de finances et la trésorerie de l’État.
