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 Mafia aurifère : 200 sociétés étrangères dans le collimateur du Cameroun, un pays engagé dans le démantèlement des sites illégaux

Le ministère des Mines, de l'Industrie et du Développement Technologique a enclenché une opération nationale de démantèlement des sites illégaux d'exploitation minière artisanale semi-mécanisée.

by EDC
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Le gouvernement camerounais a engagé, depuis plusieurs semaines, une opération nationale de fermeture des sites d’exploitation minière artisanale et semi-mécanisée opérant en dehors du cadre légal. Le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique (MINMIDT) en a formalisé les contours dans une communication officielle, posant les conditions de conformité auxquelles les sociétés du secteur devront se soumettre pour reprendre leurs activités.

Les mesures immédiates annoncées par le gouvernement comprennent trois dispositions. La fermeture de tous les sites illégaux, l’arrêt total des activités non conformes, et le renforcement des contrôles sur les zones d’exploitation. Cette phase de démantèlement constitue le préalable à tout processus de régularisation. La reprise des activités est subordonnée au respect de plusieurs obligations. Sur le plan environnemental, les opérateurs devront s’acquitter d’une caution environnementale fixée à 63 000 000 F CFA.

Le cadre technique impose par ailleurs des limites de profondeur : 10 mètres pour l’exploitation artisanale classique, et 30 mètres pour l’exploitation artisanale semi-mécanisée. Toute profondeur excédant ces seuils est interdite. Sur le plan des méthodes de traitement, le MINMIDT rend obligatoire la migration vers un système de traitement du gravier minéralisé en vase clos, à mettre en place dans un délai de six mois à compter du début de l’exploitation.

Le gouvernement exige également le paiement de plusieurs impositions. L’impôt synthétique minier libératoire, 25 %, la taxe à l’exportation, 5 %, la contribution au Fonds de développement de la politique minière, 1 %. Ces obligations fiscales s’appliquent à l’ensemble des sociétés souhaitant s’inscrire dans le plan de restructuration défini par le gouvernement.

Un seuil de production minimal

Le MINMIDT fixe par ailleurs un seuil de production minimale à atteindre, soit 0,5 kg d’or par mois. Cette exigence vise à encadrer l’activité des opérateurs et à écarter les structures dont la capacité productive ne justifie pas l’octroi d’une autorisation d’exploitation.

De sources officielles, plus d’une vingtaine de sociétés sont déjà en processus de conformité, suivant le plan de restructuration gouvernemental. Le MINMIDT indique que plusieurs d’entre elles sont déjà dans un processus de régularisation formelle.

Le gouvernement présente cette réforme comme un instrument visant à protéger l’environnement, à renforcer les recettes de l’État, à assainir le secteur minier et à promouvoir une exploitation des ressources minières nationales dans le respect des normes légales en vigueur.

En rappel, en 2023, le Cameroun a officiellement produit 953 kilogrammes d’or. Sur ce volume, seulement 22,3 kilogrammes ont été déclarés à l’exportation. Pourtant, les statistiques douanières des pays importateurs racontent une autre histoire. Si l’on additionne les importations déclarées par les pays acheteurs, principalement les Émirats arabes unis qui représentent près de 90 % des volumes selon les statistiques internationales, le total atteint 15,2 tonnes d’or d’origine camerounaise, soit près de 600 fois plus que les exportations officiellement déclarées par Yaoundé.

Cet écart titanesque ne relève pas d’une anomalie ponctuelle. Entre 2019 et 2023, la base de données Comtrade recense plus de 30 tonnes d’or exportées depuis le Cameroun vers le reste du monde, tandis que les statistiques nationales cumulées sur la même période font état de moins de 200 kilogrammes officiellement déclarés. Le rapport 2023 du Comité de l’Initiative pour la Transparence des Industries Extractives (ITIE), rendu public en décembre 2025, en tire une conclusion. La production informelle nationale d’or en 2023 se situerait autour de 15 tonnes, représentant plus de 90 % de la production totale du pays.

Le géologue Dr Youmssi Bareja résume la situation dans des termes qui ne laissent aucune place à l’ambiguïté. « Rien n’est maîtrisé. C’est pratiquement toute la production du Cameroun qui passe par des voies illégales. Imaginez-vous. 15 tonnes, cela représente 15 000 kilos d’or, soit environ 900 milliards de francs CFA. »

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