C’est par un message posté sur ses plateformes professionnelles. Nassourou Alhadji Issa, PDG de la Société de Raffinage du Cameroun (SORAC S.A.), a officialisé une information attendue depuis plusieurs années. « After 4 years of hard work, I’m proud to announce the launch of our refinery (SORAC SA), one of the largest in the country », a-t-il écrit. Le ton est sobre, la satisfaction réelle.
Les photos accompagnant l’annonce traduisent l’atmosphère du moment. Dans une salle technique aux parois vitrées, une dizaine de personnes, techniciens en casques de chantier verts, ingénieurs en tenue de travail, cadres en tenue civile, se serrent les mains, échangent des accolades. Certains filment la scène avec leurs téléphones. Le PDG, en t-shirt noir et casque blanc, se tient au centre, entouré d’une équipe aux nationalités visiblement diverses. Une autre photo montre des collaborateurs réunis devant des écrans de contrôle. L’ambiance est celle d’une mise en service technique, concrète, loin des cérémonies protocolaires, qui certainement sont dans le viseur, car le PDG a annoncé dans la foulée sa rencontre avec Joseph Dion Ngute [voir ici], Premier ministre chef du gouvernement du Cameroun.
Un investissement de 25 milliards FCFA
Les chiffres du projet donnent la mesure de l’ambition. SORAC S.A. a mobilisé environ 25 milliards de FCFA pour ériger ce complexe industriel, dont la taille des cuves de la société révèle l’envergure. En effet, ces récipients de stockage de grande capacité, peintes en vert, s’alignent autour d’un ensemble organisé, surmonté d’une tour de raffinage. L’installation s’étend sur une superficie conséquente, au cœur d’un environnement de plantation dense.

En régime de croisière, l’usine vise une production annuelle de 100 000 tonnes d’huile raffinée et de 70 000 tonnes de savon. Ces volumes, s’ils sont atteints, positionneraient SORAC parmi les unités de transformation agro-industrielle les plus importantes du pays, dans une filière- l’huile de palme- où le Cameroun occupe le rang de premier producteur d’Afrique centrale, mais peine encore à développer suffisamment sa capacité de transformation locale.
Au-delà de la capacité de production, c’est l’impact social du projet qui retient l’attention. SORAC prévoit la création de plus de 300 emplois directs, un chiffre significatif dans un contexte où le tissu industriel camerounais reste encore dominé par les secteurs extractifs et les entreprises publiques. Ces emplois concernent aussi bien les postes techniques de conduite et de maintenance des équipements que les fonctions administratives, logistiques et commerciales liées à la distribution des produits finis.
L’effet d’entraînement sur l’emploi indirect, transporteurs, fournisseurs de régimes de palme, prestataires de services, pourrait amplifier sensiblement ce bilan social, même si aucun chiffre officiel n’a encore été avancé sur ce volet.
Le démarrage de SORAC intervient dans un contexte précis. Le Cameroun importe encore une part significative de ses huiles raffinées et de ses produits dérivés malgré une production agricole abondante en amont. Une capacité nationale de raffinage de 100 000 tonnes par an représente un levier potentiel de réduction de cette dépendance aux importations, avec des retombées directes sur la balance commerciale et sur les prix à la consommation, dans un marché où le savon et l’huile de cuisine figurent parmi les produits de première nécessité les plus sensibles pour les ménages camerounais.
Le projet s’inscrit par ailleurs dans la montée en puissance d’opérateurs privés camerounais dans des secteurs à forte intensité capitalistique. Nassourou Alhadji, à la tête du groupe Nasco, figure parmi les entrepreneurs qui ont investi dans des infrastructures lourdes ces dernières années, avec un modèle intégré allant de la production agricole à la transformation industrielle.

Le PDG souligne quatre années de travail pour aboutir à ce démarrage. Ce délai, courant dans les projets industriels complexes, témoigne des contraintes auxquelles se heurtent les investisseurs privés au Cameroun : accès au financement de long terme, sourcing des équipements, raccordements aux utilités, recrutement de techniciens qualifiés. Le démarrage effectif de la production constitue donc un signal fort, autant pour les partenaires financiers de SORAC que pour les observateurs du secteur industriel national et régional.
Les prochaines étapes- montée en puissance des volumes, conquête des marchés de distribution, éventuels partenariats à l’export- détermineront si cet investissement de 25 milliards de FCFA tient ses promesses économiques et sociales.



