Le 16 avril 2026 restera une date dans les annales du transport aérien camerounais. Ce jour-là, pour la première fois depuis plus de six ans, un aéronef se posait officiellement sur la piste de l’aéroport de Bamenda. À son bord, le souverain pontife Léon XIV, en visite pastorale dans la capitale du Nord-Ouest. Derrière cet atterrissage, une course contre la montre et une mobilisation de ressources sans précédent pour cette plateforme de catégorie secondaire.
L’histoire récente de l’aéroport de Bamenda-Bafut se confond avec celle du conflit dit anglophone. Il faut attendre 2017 pour que Camair-Co ouvre des liaisons commerciales régulières vers Douala et Yaoundé. Le 1er décembre 2019, un appareil Xian MA-60 de la compagnie, en approche de Bamenda, est pris pour cible par des tirs d’armes légères. Sans faire de blessés, l’incident signe la fin des opérations commerciales sur cette plateforme. Six ans d’isolement aérien s’ensuivent pour une région déjà profondément meurtrie par la crise anglophone.
Sur le plan du trafic, la plateforme avait connu une activité modeste mais réelle depuis la reprise des vols commerciaux en 2017. En 2024, les aéroports secondaires du réseau ADC, dont Bamenda, affichaient 2 922 mouvements, mais le nombre de passagers avait reculé de 5,6 % et le fret s’était effondré de 64,8 %, en raison de l’arrêt des opérations. Un recul qui illustrait la marginalisation d’une région coupée du reste du territoire national.
31 projets en 106 jours
Face aux exigences protocolaires de la visite pontificale, ADC S.A. a enclenché en janvier 2026 une opération de remise à niveau. Selon le document officiel de la société, 31 projets ont été conduits entre le 6 janvier et le 21 avril 2026, pour un coût global de 700 millions FCFA, avec un taux d’exécution de 100 %. ADC précise que ce montant a été « entièrement supporté » par la société elle-même.
Les travaux ont couvert un large spectre. Peintures intérieures et hydrauliques, remplacement des vannes clapets, correction des fuites du réseau hydraulique, marquage des chaussées aéronautiques, entretien des pistes et aires de mouvement, réhabilitation des éclairages intérieurs et extérieurs, aménagement du salon VIP, nettoyage général de la plateforme et transfert des équipements d’assistance au sol. « Les interventions réalisées ont concerné aussi bien l’embellissement de l’aérogare que la sécurisation des infrastructures techniques, l’assainissement général de la plateforme et le renforcement des équipements d’exploitation », indique ADC dans une note de communication.

Cette opération intervient dans un contexte où ADC cherche à valoriser l’ensemble de son réseau. Le chiffre d’affaires prévisionnel 2026 de la société est estimé à 40,590 milliards FCFA, contre 39,049 milliards en 2025, soit une progression de 3,9 %, portée par l’amélioration du trafic aérien et l’optimisation des redevances aéroportuaires. Dans son rapport d’activités 2024, ADC avait annoncé un programme d’investissement de 75 milliards FCFA sur trois ans pour renforcer la compétitivité des aéroports et leur conformité aux normes internationales.
La réhabilitation de Bamenda s’inscrit dans cette logique, même si elle répond d’abord à une contrainte événementielle. ADC souligne que ses équipes ont démontré « réactivité, professionnalisme et engagement constant au service de l’État et des usagers ». La société ajoute que « au-delà de la seule visite pontificale, ces travaux auront permis de préserver les infrastructures existantes et de redonner temporairement à l’Aéroport de Bamenda un niveau de fonctionnalité compatible avec les exigences d’exploitation aéroportuaire ».
L’évêque de Bamenda, Mgr Andrew Nkea, a été catégorique. « Il ne sera plus abandonné », en parlant de l’aéroport. Des discussions seraient en cours avec les autorités pour fixer le nombre de vols hebdomadaires à destination de la ville. La question de la pérennisation de la desserte reste ouverte, dans une région où ADC elle-même reconnaît que les aéroports secondaires « demeurent essentiels pour la connectivité nationale, mais nécessitent une réflexion stratégique sur leur intégration logistique et internationale ».



