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NAFAD : le « Consensus d’Abidjan » refonde l’architecture financière africaine, Jacques Jonathan Nyemb parmi les voix camerounaises aux travaux

À l'initiative de la Banque africaine de développement (BAD), les acteurs de l'écosystème financier du continent ont adopté un texte fondateur en onze points, le « Consensus d'Abidjan », acte de naissance de la Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement (NAFAD). Un tournant historique pour un continent qui dispose de près de 4 000 milliards de dollars d'épargne domestique mais reste exposé à un déficit de financement estimé à 400 milliards de dollars par an. Le Cameroun, représenté notamment par l'avocat d'affaires et figure de la société civile économique Jacques Jonathan Nyemb, a pris part à ces travaux continentaux.

by La Rédaction
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C’est sur les rives de la lagune Ébrié qu’a été scellé, le jeudi 9 avril 2026, l’un des actes les plus ambitieux de la diplomatie financière africaine contemporaine. Organisé par le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) sous le haut patronage du président ivoirien Alassane Ouattara, représenté à la cérémonie d’ouverture par le Premier ministre Robert Beugré Mambé , le Dialogue consultatif sur la Nouvelle Architecture Financière Africaine (NAFA) a abouti à l’adoption unanime du « Consensus d’Abidjan », transformant la NAFA en NAFAD, soit la Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement.

Cette journée de travaux intensifs, structurée autour de neuf « laboratoires » thématiques organisés selon trois piliers — architecture du système, mobilisation du capital et déploiement du capital —, a réuni des gouverneurs de banques centrales, des dirigeants de fonds souverains, des responsables de banques commerciales et nationales de développement, ainsi que des représentants d’institutions de financement du développement. Parmi les acteurs du secteur privé africain présents figurait Jacques Jonathan Nyemb, avocat d’affaires camerounais, Of Counsel au Cabinet Nyemb de Douala, figure reconnue de la gouvernance d’entreprise en Afrique centrale et président du Think & Do Tank The Okwelians. Sa participation à ces travaux illustre l’implication croissante de la société civile économique camerounaise dans les grandes concertations financières continentales.

Le président du Groupe de la BAD, le Dr Sidi Ould Tah, a posé d’emblée le diagnostic central lors de la cérémonie d’ouverture. « L’architecture actuelle du financement du développement de l’Afrique est inadéquate et inadaptée », a-t-il déclaré, avant d’enfoncer le clou. « La vérité est que nous ne souffrons pas d’un manque de capitaux. L’Afrique dispose d’environ 4 000 milliards de dollars d’épargne à moyen et long terme. »

Ce paradoxe, une épargne abondante coexistant avec un déficit annuel de financement estimé à plus de 400 milliards de dollars, constitue le fil rouge de la NAFAD. Le problème, selon le Dr Ould Tah, est avant tout structurel : fragmentation institutionnelle, allocation inefficace des risques, faible effet de levier des bilans et coordination insuffisante entre capitaux publics et privés.

Le Premier ministre ivoirien Robert Beugré Mambé, prenant la parole au nom du chef de l’État, a souligné que la rencontre offrait « une réelle opportunité d’approfondir notre réflexion collective sur les réformes nécessaires à l’édification d’un système financier international plus juste et mieux adapté aux réalités du monde contemporain ». La Côte d’Ivoire, dont le Plan national de développement 2026–2030 repose à 70,2 % sur le secteur privé, a une légitimité particulière dans ce débat. C’est d’ailleurs Souleymane Diarrassouba, ministre ivoirien du Plan et du Développement et gouverneur de la BAD pour la Côte d’Ivoire, qui a officiellement proclamé le Consensus d’Abidjan au nom de l’ensemble des participants. « Le Consensus d’Abidjan est l’acte fondateur d’une architecture financière africaine souveraine. Ces résolutions traduisent une volonté collective de mobiliser les 4 000 milliards de dollars d’épargne du continent au service de son développement, en construisant les instruments qui nous permettront de financer notre propre transformation », a-t-il déclaré.

Parmi les onze engagements du Consensus figurent la mobilisation de l’épargne intérieure africaine pour la canaliser vers des investissements productifs, la mise en place de mécanismes de rehaussement du crédit, l’intégration des marchés financiers africains et l’instauration d’examens annuels pour assurer le suivi des progrès.

Le regard de l’économiste

Lors de la séance plénière d’ouverture, le professeur Carlos Lopes, économiste bissau-guinéen de stature internationale, a replacé l’enjeu dans la longue durée historique. « Pendant des décennies, l’Afrique a travaillé avec ses partenaires au développement, et les financements concessionnels ont joué un rôle, en particulier pour les pays les plus vulnérables. Mais nous avons aussi constaté ses limites. Il n’a jamais été conçu pour financer la transformation à grande échelle », a-t-il affirmé, rappelant que le financement demeurait le principal obstacle à la mise en œuvre de l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

Le secteur privé africain a également exprimé sa détermination à s’inscrire dans cette dynamique. Le Groupe NSIA, représenté par son président Jean Kacou Diagou, a ainsi réaffirmé son engagement à l’issue des travaux : « Les échanges ont mis en lumière un impératif partagé, structurer un consensus africain sur des mécanismes de financement plus efficaces, capables d’accompagner durablement la croissance du continent. Construire le Consensus d’Abidjan, c’est poser les fondations d’une Afrique plus résiliente et maîtresse de son destin financier ».

Dans son discours de clôture, le Dr Sidi Ould Tah a salué l’engagement exceptionnel des participants. « Vous nous avez permis d’obtenir des résultats qui dépassent largement les attentes initiales. C’est un moment historique. Le Consensus d’Abidjan, accueilli avec un immense enthousiasme, redéfinit l’avenir du financement sur notre continent », a-t-il déclaré. Puis d’ajouter. « En cimentant l’unité de l’écosystème financier africain sur les rives de la lagune Ébrié, cet accord confère à la NAFAD la légitimité et l’assise nécessaires à la réalisation des ambitions de nos « Quatre points cardinaux »  ».

Cette vision stratégique en « Quatre points cardinaux », portée par le président de la BAD depuis sa prise de fonctions, place la NAFAD au cœur du projet de refondation du financement du développement africain. L’Union africaine, qui avait déjà reconnu l’initiative lors de sa 39e  session ordinaire tenue à Addis-Abeba en février 2026, a par ailleurs demandé au président de la BAD de lui soumettre une mise à jour sur l’avancement du Consensus lors de la prochaine réunion semestrielle de coordination de l’UA. La dynamique est enclenchée. Reste à en assurer la mise en œuvre effective dans un écosystème financier encore fragmenté.

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