C’est dans une salle des banquets de la SOCADEL arborant les couleurs vert et blanc de la société, et sous les rythmes du Socadel Energizing Band, que s’est déroulée vendredi 8 mai 2026 la cérémonie de passation de service entre les dirigeants de la Société Camerounaise d’Électricité et l’équipe sortante de l’ex-ENEO. Une cérémonie marquée d’un double sceau, celui de la solennité institutionnelle et celui de l’urgence opérationnelle.
Prenant la parole en premier, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a planté le décor. « Le Chef de l’État, Son Excellence Paul Biya, a décidé de la reprise par l’État de la gestion de la société de distribution de l’électricité », a-t-il rappelé, précisant que cette décision souveraine s’est traduite par l’acquisition par l’État des actions autrefois détenues par Actis au sein d’ENEO. La structure, désormais à capitaux publics, a changé de dénomination pour devenir la Société Camerounaise d’Électricité, SOCADEL.
C’est dans ce contexte de transformation profonde que le choix s’est porté sur Oumarou Hamandjoda comme Directeur Général, aux côtés d’Antoine Ntsimi à la présidence du Conseil d’Administration et d’Ekobena Jean Basile comme Directeur Général Adjoint. Installés dans leurs fonctions le 5 mai à Yaoundé, ils prenaient officiellement service ce jour à Douala.
Les prescriptions du MINEE
Le ministre n’a pas mâché ses mots sur l’état du secteur. « Le secteur de l’électricité fait face à un déséquilibre financier structurel, à des tensions de trésorerie persistantes, à une dégradation de la qualité du service et à une perte progressive de confiance des usagers », a-t-il diagnostiqué.
« Dans les cent premiers jours à compter de votre prise de service, il sera question pour vous d’engager des actions fortes pour augmenter les revenus, réduire les charges et améliorer l’efficience », a souligné Gaston Eloundou Essomba.
Le Minee a décliné ses prescriptions en cinq axes prioritaires : élargissement de la base clientèle, lutte intensifiée contre la fraude avec l’appui d’une brigade nationale dédiée, migration accélérée vers les compteurs prépayés, amélioration de la qualité de service via le smart grid et le remplacement des transformateurs surchargés, et renforcement du taux d’accès à l’électricité par les mini-grids et les solutions décentralisées. Sur l’éthique, le ton a été sans équivoque. Les agents complices de fraude s’exposeront à des « poursuites pénales devant les juridictions compétentes ».
Sur les droits du personnel, le Minee a confirmé que l’État portera les 5 % d’actions du GIC au capital de la SOCADEL durant la période transitoire, et qu’une Commission Mixte sera mise en place d’ici juin 2026 pour définir l’option retenue.
Hamandjoda : un tableau lucide et cinq axes d’action

Prenant la parole, le nouveau Directeur Général a d’abord rendu hommage à ses prédécesseurs avant de dresser un tableau sans fard. « La SOCADEL dispose de fondations solides, de procédures structurées, d’hommes et de femmes compétents », a-t-il reconnu. Mais les attentes restent « très élevées, surtout sur la disponibilité, la stabilité et la qualité de l’électricité », comme l’ont confirmé les résultats d’une étude de perception conduite fin 2025.
« Dans le Septentrion, le déficit de production aggravé par la sécheresse provoque des rationnements récurrents. Dans le réseau interconnecté Sud, le déséquilibre entre l’offre et la demande affecte encore fortement la qualité du service », fait remarquer Oumarou Hamandjoda.
Il a articulé sa vision autour de cinq axes : proximité avec le client, fiabilité du service, transparence dans la gouvernance, innovation dans les solutions énergétiques, et mobilisation des compétences internes à travers la GPEC. Il a également appelé les acteurs du secteur, EDC, SONATREL, GLOBELEQ, NHPC et sous-traitants à agir en cohésion, car « aucun acteur ne peut réussir seul ».
La cérémonie a rendu un hommage solennel à Amine Homman Ludiye, directeur général sortant, qualifié par le Minee de « personne ressource pour le secteur » dont « le passage restera mémorable ». La bannière affichée dans la salle résumait l’esprit du moment : « Bienvenue, Oumarou Hamandjoda ! » d’un côté, « Merci, Amine Homman Ludiye ! » de l’autre.
Au sortir de cette cérémonie, la SOCADEL entre dans une phase de transformation dont les cent premiers jours constitueront le premier test. Le gouvernement, les partenaires et les millions d’abonnés que dessert l’entreprise attendent des signaux concrets d’un redressement que ses deux premiers responsables ont promis « progressif, structuré et collectif ».



