Dans cet entretien, le banquier gabonais, alors également président de la Confédération patronale gabonaise, répondait aux critiques du FMI sur l’insuffisance des recettes budgétaires de l’État gabonais. Il défendait les entreprises locales, jugées « vertueuses », et pointait plutôt un déséquilibre dans le traitement de la dette. Selon lui, la dette extérieure serait privilégiée au détriment de la dette intérieure due aux opérateurs nationaux. C’est cette conviction qui l’avait conduit à lancer, dès février 2018, le Club de Libreville, un mécanisme destiné à garantir aux entreprises gabonaises un traitement équivalent à celui réservé aux créanciers étrangers dans l’apurement des arriérés de l’État.
Cette même phrase, il l’a répétée en 2021 lors d’un nouvel entretien avec Jeune Afrique, preuve qu’il ne s’agissait pas d’une saillie ponctuelle mais d’une ligne de conduite assumée. Elle a d’ailleurs refait surface début janvier 2026, à l’occasion de son départ du gouvernement gabonais. Selon la presse locale, Oyima a tenu à la rappeler dans son discours de fin de mandat, après avoir défendu devant le Parlement le projet de loi de finances 2026, estimant que l’aide extérieure « peut accompagner » un pays mais ne saurait se substituer à une stratégie nationale de développement.
Ce discours s’inscrit dans le prolongement de son engagement pour l’émergence d’un marché financier régional autonome. Élu en juillet 2019 président du conseil d’administration de la BVMAC pour six ans, Oyima portait alors l’ambition d’introduire en bourse le groupe BGFIBank dès le second semestre 2020, en cédant 15 à 20 % de son capital, afin de « donner l’exemple » aux autres champions économiques de la sous-région et de réduire la dépendance au financement bancaire classique au profit de l’épargne locale en monnaie régionale.
La défiance d’Oyima envers les logiques de conditionnalité extérieure résonne avec un débat plus ancien, porté notamment par l’économiste camerounais Joseph Tchundjang Pouemi dans son ouvrage de référence Monnaie, Servitude et Liberté -la répression monétaire de l’Afrique, publié en 1980. Ce livre, devenu un classique de la pensée économique panafricaine, développe l’idée que la maîtrise de la création monétaire est la condition première du développement, et que les pays africains de la zone franc, privés de ce levier, restent structurellement dépendants de décisions prises hors du continent. L’auteur y qualifiait notamment le FMI d’instrument aggravant, plutôt que résolvant, les difficultés des jeunes nations, et contestait l’idée que les réserves de change extérieures garantissent réellement la solidité d’une monnaie.
Si rien ne permet d’affirmer qu’Oyima se réclame proche –en idées- de cet ouvrage, sa critique du traitement inégal entre créanciers extérieurs et intérieurs, ainsi que son plaidoyer pour un marché financier régional autofinancé par l’épargne locale, s’inscrivent dans la même filiation intellectuelle. Celle d’une souveraineté économique construite par les instruments financiers propres à la région plutôt que par la conditionnalité des bailleurs internationaux.



