La salle de réunion de l’Agence de Régulation du Secteur de l’Électricité (Arsel) affichait ce jour-là, 3 juin 2026, une configuration peu ordinaire. Autour de la table, des responsables en tenue formelle, carnets ouverts, dans une atmosphère de travail tendue et concentrée. Pas de discours de façade ni de poignées de mains de protocole en vue, mais une séance de concertation où chaque partie est venue avec ses dossiers et ses attentes. Le Port Autonome de Kribi (PAK) et sa filiale la Kribi Port Zone Industrielle (KPZI) avaient fait le déplacement avec un objectif précis, qualité de service, compétitivité des tarifs et valorisation des infrastructures électriques déjà réalisées dans la zone.
L’enjeu mérite cette densité. En 2024, le volume de marchandises traité sur cette plateforme a atteint 12,7 millions de tonnes, contre 10,7 millions de tonnes en 2023, soit une progression de près de 19 %. Cette hausse de trafic a permis au PAK de clôturer l’exercice avec un chiffre d’affaires de 35,3 milliards de FCFA, en hausse de 24 % par rapport aux 27 milliards de l’année précédente. Derrière ces chiffres, une contribution à l’État qui n’est pas négligeable. Depuis le début de ses activités en 2018, le port a permis la collecte cumulée de plus de 1 200 milliards de FCFA de recettes douanières, passant d’environ 2 milliards à son lancement à des niveaux annuels records dépassant les 300 milliards.
Dans ce contexte de montée en puissance, l’électricité n’est pas un sujet secondaire. La zone industrialo-portuaire de Kribi concentre des terminaux à conteneurs, un terminal polyvalent, des zones logistiques et des unités industrielles dont le fonctionnement est directement tributaire de la continuité et de la qualité de l’alimentation électrique. Toute rupture ou variation de tension sur cette plateforme se traduit immédiatement par des arrêts de manutention, des pertes d’exploitation pour les opérateurs et, in fine, une atteinte à la compétitivité de l’ensemble du corridor logistique qui dessert le Tchad et la République centrafricaine. L’ARSEL et le PAK confessent que les besoins énergétiques de la zone devraient atteindre près de 450 MW à l’horizon 2030, un niveau qui exige une anticipation des solutions de fourniture bien en amont de cette échéance.
Le PAK et la KPZI ont présenté leurs préoccupations sur trois axes, la qualité de service, le coût de l’énergie et la valorisation des investissements en infrastructures électriques déjà consentis. Les deux entités ont également rappelé leur volonté d’activer les mécanismes prévus par le cadre légal et réglementaire portuaire pour assurer une fourniture à des tarifs compétitifs aux opérateurs de leurs zones de compétence. L’ARSEL, de son côté, a présenté plusieurs options conformes à la réglementation en vigueur. De source officielle, la recontre s’est conclue sur un accord de principe pour la poursuite des concertations dans le cadre d’une réunion technique qui associera cette fois les autres acteurs du secteur, SOCADEL et SONATREL.
Cette démarche intervient dans un contexte de transformation structurelle du secteur électrique camerounais. SOCADEL, née de la nationalisation d’Eneo, n’a pas encore pleinement stabilisé son cadre opérationnel, et la question de la fourniture d’énergie aux grandes zones industrielles reste un chantier ouvert dans l’agenda du régulateur.
Le PAK, pour sa part, est conscient que sa trajectoire de croissance, avec une capacité portée à 1 million d’EVP depuis l’inauguration du deuxième terminal à conteneurs en mai 2025, ne peut être consolidée sans une solution durable sur l’approvisionnement énergétique. L’ARSEL a réaffirmé, en clôture de la réunion, son engagement à accompagner les acteurs industriels dans la recherche de réponses adaptées aux exigences du développement économique du Cameroun.



