Home » Financements climatiques : le Fonds vert pour le climat et la BEI signent leur premier accord pour mobiliser 13 000 milliards FCFA en faveur des marchés émergents

Financements climatiques : le Fonds vert pour le climat et la BEI signent leur premier accord pour mobiliser 13 000 milliards FCFA en faveur des marchés émergents

Le Fonds vert pour le climat (GCF) et la Banque européenne d'investissement (BEI) ont conclu leur première entente de financement, adossée à l'initiative Global Green Bond Initiative (GGBI) de l'Union européenne. Un mécanisme de levier qui entend transformer 131 milliards FCFA de fonds publics en près de 13 100 milliards de capitaux privés à destination de dix pays, dont le Cameroun.

by Aloys Onana
0 comment

Dans le cadre de cet accord inédit, le Fonds vert pour le climat (GCF) s’engage à verser 200 millions d’euros – soit environ 131 milliards FCFA- au sein du fonds GGBI, un véhicule d’investissement public-privé géré par Amundi, le premier gestionnaire d’actifs européen. L’objectif affiché est de mobiliser jusqu’à 20 milliards d’euros, l’équivalent de 13 100 milliards FCFA, en capitaux privés pour financer des projets d’infrastructures durables dans les marchés émergents, avec une priorité donnée aux secteurs de l’énergie et des transports.

Le dispositif repose sur trois piliers complémentaires : un fonds d’investissement en obligations vertes, une assistance technique destinée à aider les pays à concevoir et émettre leurs propres green bonds, et un mécanisme de subvention de coupon pour réduire le coût d’emprunt des émetteurs présentant un profil de risque élevé. L’effet de levier résultant est d’une ampleur sans précédent dans l’histoire de la coopération climatique multilatérale. Chaque franc CFA public injecté vise à attirer plusieurs dizaines de francs d’investissements privés.

Le fonds GGBI a été lancé avec une taille cible pouvant atteindre 3 milliards d’euros- environ 1 966 milliards FCFA- dont près d’un milliard apporté en fonds propres par les banques multilatérales et les institutions de développement, avec pour objectif de mobiliser jusqu’à 2 milliards supplémentaires auprès d’investisseurs privés internationaux.

La GGBI est la principale initiative de l’UE sous sa stratégie Global Gateway. Elle réunit neuf partenaires institutionnels dont la BEI, la BERD, KfW, Proparco, FMO, CDP, AECID, LuxDev et désormais le GCF, aux côtés d’Amundi comme gestionnaire de fonds. Cette architecture multilatérale inédite constitue, selon ses promoteurs, la réponse la plus aboutie à ce jour au défi du financement de la transition verte dans les économies à revenus intermédiaires.

Du côté du GCF, l’accord s’inscrit dans une dynamique d’élargissement de son empreinte continentale. En mars 2026, lors de sa 44e  réunion, le conseil d’administration du GCF a décidé d’ouvrir des bureaux régionaux à Nairobi et à Abidjan, marquant ainsi la première présence physique du Fonds sur le sol africain. Ce rapprochement géographique avec les économies bénéficiaires est perçu comme un signal fort de la priorité accordée au continent.

Ambroise Fayolle, vice-président de la BEI, a déclaré que ce partenariat illustre la capacité de la coopération multilatérale à démultiplier l’action climatique là où elle est la plus nécessaire, en soutenant la croissance durable et la résilience dans les pays à faibles et moyens revenus.  Pour sa part, le Directeur des investissements par intérim du GCF, Amer Baig, a indiqué que cet apport en capital a pour fonction première de dérisquer les investissements dans les dix économies ciblées [voir photo illustrative], afin de stimuler des projets climatiques dans des secteurs critiques.

Les secteurs d’application couvrent un spectre large, allant des énergies renouvelables et des transports durables à la gestion de l’eau, à l’agriculture résiliente, aux villes durables et à l’adaptation au changement climatique. Le mécanisme vise à renforcer les marchés locaux de capitaux, identifiés comme un levier essentiel pour combler les déficits de financement et orienter les ressources vers les priorités d’atténuation des émissions.

Ce que le Cameroun peut concrètement en tirer

Le Cameroun figure parmi les dix pays bénéficiaires du dispositif. Pour transformer cette opportunité en flux de financement effectifs, plusieurs leviers s’offrent à Yaoundé. Le premier passe par le marché obligataire sous-régional. La Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (Cosumaf) a déjà exprimé sa volonté d’introduire des obligations vertes, sociales et durables à la BVMAC, avec un guide technique déjà élaboré couvrant les énergies renouvelables, les transports propres, la biodiversité et la gestion durable. Le mécanisme GGBI, qui agit comme investisseur-ancre dans les émissions primaires d’obligations vertes, constitue précisément le catalyseur dont ce marché naissant a besoin pour attirer des investisseurs institutionnels européens et internationaux.

Le Trésor public camerounais prévoit par ailleurs de lancer en 2026 un emprunt obligataire de 150 milliards FCFA à la BVMAC, une émission qui, si elle intégrait un cadre vert certifié, pourrait se positionner comme un premier candidat naturel à l’appui du fonds GGBI. La conversion de cette émission souveraine en obligation verte exigerait toutefois la définition d’un cadre national d’affectation des produits à des dépenses climatiques traçables.

Sur le plan sectoriel, le déficit énergétique chronique du pays, illustré par les tensions persistantes autour de la Société camerounaise d’électricité (Socadel) et du réseau interconnecté, offre un terrain d’application direct. Les projets d’énergies renouvelables, notamment les centrales solaires et hydrauliques de petite et moyenne taille, correspondent précisément aux cibles d’investissement du GGBI. De même, les projets d’infrastructures de transport propre et de gestion de l’eau en zone urbaine et périurbaine entrent dans le périmètre éligible.

Pour capter ces fonds, le Cameroun devra s’atteler à trois conditions préalables : la mise en conformité de ses cadres réglementaires avec les standards ESG internationaux reconnus par Amundi et ses co-investisseurs ; le renforcement des capacités d’émission et de reporting des entités publiques et parapubliques ; et la mobilisation proactive de ses interlocuteurs auprès du bureau régional du GCF à Abidjan, désormais opérationnel, pour inscrire des projets bancables dans le pipeline de financement.

You may also like

Leave a Comment

Economie du Cameroun

Bulletin d'Information

Articles Récents

@2022 – Tous Droits Réservés. Conçu et Developpé par DesignItechs