Derrière son visage de défenseur des causes perdues, se cache pourtant un véritable loup affamé à l’appétit dévorant. Pourquoi Jean de Dieu Momo a voulu envoyer des experts camerounais pour engager des tractations avec Sundance Resources Ltd, alors que le président Paul Biya avait instruit le gouvernement de s’opposer à toute tentation d’arrangement à l’amiable ? C’est la principale question qui alimente les conversations dans les chaumières.
Au Cameroun, la dernière actualité sur l’affaire Sundance depuis son déclenchement il y a plus d’un an, est aux antipodes des informations qui ont été publiées par Sundance le 3 février 2025. Selon la Junior australienne, lors de la dernière audience déroulée le 28 janvier 2025 à Paris entre Sundance, ses avocats, des experts indépendants et du tribunal de la Cour d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale de Paris (CCI), le Cameroun avait choisi de jouer aux abonnés absents, malgré le fait que l’équipe du Cameroun ait été informée des débats et ait eu la possibilité d’y assister. Sundance avait d’ailleurs annoncé qu’elle attendait « désormais une décision du tribunal de la CCI, qui n’est pas attendue avant plusieurs de mois. »
C’est donc dans cette ambiance que le scandale éclate au Cameroun. Dans une correspondance signée par délégation et adressée au ministre d’Etat, secrétaire général à la Présidence de la République (SGPR), le 11 mars dernier, qui a fuité dans les réseaux sociaux, le ministre délégué à la Justice rappelle que le choix du conseil juridique de l’État relève des attributions du ministre d’État, ministre de la Justice, Garde des Sceaux Laurent Esso, actuellement en Europe pour des raisons de santé. Jean de Dieu Momo dénonce une ingérence du SGPR dans les compétences de son ministre, concernant l’affaire Sundance Resources Ltd/CAM IRON contre l’État du Cameroun.
Cet incident fait suite à la demande de paiement du Cabinet Jeantet dans l’affaire qui oppose Sundance à l’Etat du Cameroun envoyé au ministère de la Justice. Il se trouve que dans sa lettre n°145/CF/SG/PR du 11 mars 2025, Ferdinand Ngoh Ngoh demande au ministère de Justice de payer la rondelette somme de 1 390 000 000 FCFA. Ce qui n’a pas été du goût du ministre délégué auprès du ministère de la Justice qui n’a pas manqué de le lui rappeler en arguant qu’ils n’ont pas été associé ni au choix de ce Conseil, ni aux négociations sur les honoraires de ce dernier avec l’intéressé. C’est la raison pour laquelle, précise-t-il, le Ministre d’Etat, Secrétaire Général de la Présidence de la République, est le véritable destinataire de la note de frais en question, destinée à couvrir les diligences déjà accomplies par ledit cabinet. Il ajoute par ailleurs que, le choix du Conseil du Cameroun relève normalement de ses attributions. Pour le cas d’espèce, l’empiètement dans cette compétence d’attribution du Ministre de la Justice n’est pas de nature à entretenir la sérénité dans l’équipe de défense du Cameroun dans cette cause.
Les raisons de la discorde
Ce que Jean de Dieu Momo avait caché à l’opinion nationale, c’est que cette farouche opposition qui était la conséquence d’une démarche foireuse qu’il avait proposée à la présidence de la République, croyant noyer le poisson dans l’eau. Dans une correspondance datée du 03 mars dernier, le ministre délégué auprès du ministère de la Justice, Garde des Sceaux, avait proposé d’envoyer des experts camerounais pour engager des tractations avec Sundance Resources Ltd en vue d’un règlement à l’amiable de ce différend qui oppose le Cameroun à cette entreprise.
Pourtant la position du Cameroun est claire à ce sujet depuis près de cinq ans. Et le secrétaire général de la présidence de la République a tenu à le lui rappeler en guise de réponse le 27 mars 2025, suite à sa dernière correspondance datée du 20 mars de la même année. Une correspondance dans laquelle, Jean de Dieu Momo, tout en donnant l’impression que la présidence de la République est déconnectée des réalités de ce dossier, donne des directives au secrétaire général de la présidence de la République. Le ton utilisé dans cette sortie a même laissé prospérer au sein de l’opinion que cela n’émanait pas de lui, mais du chef de ce département ministériel, Laurent Esso, qui mène à visage découvert, une guerre larvée depuis plusieurs années contre Ferdinand Ngoh Ngoh.
Mais toujours est-il qu’en répondant à Jean de Dieu Momo, le secrétaire général de la présidence de la République s’est voulu précis et concis au sujet de la position du Cameroun dans ce dossier, non sans tourner en bourrique le ministre délégué auprès du ministère de la Justice qui semble ne pas maîtriser la gestion de ce dossier. En réponse à M. Momo au sujet de l’implication de son ministère dans la défense des intérêts du Cameroun dans ce dossier, il lui fera tenir une copie de la lettre qui met en mission Thierry Lauriol du Cabinet d’avocats Jeantet. Démontrant à suffire au sein de l’opinion nationale qu’il y a pas de « circulation sanguine » des informations entre le ministre et son ministre délégué au sein du ministère de la Justice. Ou à défaut, Jean de Dieu Momo a voulu foncer tête baissée dans la gestion de ce dossier avec en ligne de mire les 94 milliards de Fcfa. C’est d’ailleurs la thèse qui est avancée au sein de l’opinion publique où on pense que le membre du gouvernement a purement et simplement été guidé par l’appât du gain en proposant un arrangement à l’amiable, comme l’ancien patron du ministère des Mines, aujourd’hui de regrettée mémoire. Mais en son temps, il avait aussi reçu une suite de non-recevoir.
Avec cette dernière sortie de Ferdinand Ngoh Ngoh, on peut d’ores et déjà dire que la gesticulation autour des 94 milliards de FCFA qui suscite tant de convoitises peut maintenant s’arrêter en attendant l’issue de la procédure encore pendante devant la Cour d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale de Paris (CCI).
CP



